Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le juin 14, 2026 à 21h23 Football Africain

Des fédérations africaines et mondiales rejettent les propos de Ceferin sur le Mondial 2026

Treize fédérations nationales qualifiées pour la Coupe du monde 2026 ont publié dimanche un communiqué commun pour dénoncer les déclarations du président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, qui aurait qualifié plusieurs matches du prochain Mondial de rencontres « sans intérêt ». Parmi les signataires figurent le Maroc, le Sénégal, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, le Ghana et l’Afrique du Sud, ainsi que le Cap-Vert, Curaçao, Haïti, la République démocratique du Congo, la Tunisie et l’Ouzbékistan. La prise de position, ferme dans le fond comme dans la forme, révèle une fracture de gouvernance au sein du football mondial à moins d’un an de l’événement.

Ce que Ceferin a dit – et pourquoi cela a choqué

Interrogé par une chaîne de télévision slovène, le patron de l’UEFA aurait estimé que l’élargissement du tournoi à 48 équipes – contre 32 lors des éditions précédentes – produirait mécaniquement un grand nombre de matches « sans intérêt ». Cette édition 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, prévoit 104 rencontres au total, soit une hausse considérable par rapport aux 64 parties disputées en 2022 au Qatar.

Le raisonnement de Ceferin s’inscrit dans une position que l’UEFA défend depuis plusieurs années : l’Europe craint que la dilution du format affaiblisse la valeur sportive et commerciale du tournoi, notamment en multipliant des confrontations entre nations aux niveaux très inégaux lors de la phase de groupes. Mais ce calcul, fondé sur une logique de compétitivité mesurée à l’aune des classements FIFA et des historiques de performance, ignore délibérément une autre dimension du football international.

« Aucun match de Coupe du monde n’est sans importance »

C’est précisément ce point que les treize fédérations ont choisi d’attaquer de front. « Nous rejetons respectueusement mais fermement ces propos », écrivent-elles, en rappelant que pour des nations comme le Cap-Vert, Curaçao, la Jordanie ou l’Ouzbékistan, la qualification représente « un accomplissement historique et la réalisation d’un rêve partagé par des générations ». Pour d’autres, comme la RDC ou Haïti, le retour sur la scène mondiale après une longue absence constitue un événement chargé d’une signification qui dépasse largement le résultat sportif.

Le communiqué ne se contente pas de dénoncer une maladresse de langage. Il soulève une question de fond : qui détient le droit de définir ce qui a de la « valeur » dans le football mondial ? « Le football n’appartient pas à un groupe restreint de nations », affirment les signataires. Cette formule, sobre mais directe, pointe vers une tension structurelle entre les grandes confédérations historiques – UEFA en tête – et les fédérations du Sud global, dont le poids démographique et la ferveur populaire ne se reflètent pas toujours dans les rapports de force institutionnels.

Une fracture plus profonde dans la gouvernance du football mondial

Les déclarations de Ceferin ne sont pas isolées. Depuis l’annonce de l’extension du format à 48 équipes par la FIFA sous la présidence de Gianni Infantino, l’UEFA a régulièrement exprimé des réserves, au nom de la qualité sportive et de la protection des calendriers de clubs européens. Ce débat recouvre en réalité des intérêts économiques considérables : les droits télévisés, les revenus publicitaires et la valorisation des compétitions continentales sont directement liés au prestige perçu du Mondial.

Mais ce cadre d’analyse purement commercial laisse de côté ce que le football représente dans des pays où il constitue bien souvent le seul vecteur d’identification nationale sur la scène internationale. Suggérer qu’un match impliquant Haïti ou Curaçao est « sans intérêt » revient à nier la légitimité de leur qualification et, par extension, l’universalité même d’une compétition qui se présente comme le rendez-vous planétaire du sport le plus pratiqué au monde.

Les fédérations signataires ont conclu leur communiqué en rappelant que « chaque nation qualifiée a gagné sa place par ses mérites » et mérite, à ce titre, un traitement égal en dignité. Ce rappel, adressé publiquement au président de la principale confédération continentale, marque une étape dans la montée en puissance des voix issues des confédérations africaine, asiatique et caribéenne. Il reste à voir si cette prise de position collective trouvera un écho institutionnel, notamment au sein des instances de la FIFA, avant le coup d’envoi du tournoi prévu pour l’été 2026. Pour plus d’informations sur la réaction des fédérations, consultez Mondial 2026 : treize fédérations africaines et asiatiques rejettent les propos de Ceferin sur les «matches sans intérêt» ou découvrez comment La Chine domine la Coupe du monde 2026 sans y jouer un seul match.

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