Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le 12/07/2026 - 19:06 Football Football joueurs Sport

Avant Espagne – France, les propos de Rajoy déclenchent une vague d’indignation

Avant Espagne – France, les propos de Rajoy déclenchent une vague d’indignation

Les propos de Rajoy ont brutalement tendu l’atmosphère à la veille de la demi-finale de Coupe du monde entre l’Espagne et la France. L’ancien chef du gouvernement espagnol a affirmé, dans une tribune publiée le 10 juillet par El Debate, que les Bleus ne comptaient « aucun joueur français », tout en saluant la qualité de leur football. En France, la réaction a été immédiate, vive et largement politique.

À quelques heures d’un rendez-vous majeur entre deux grandes nations du football, la sortie de Mariano Rajoy a dépassé le simple cadre d’une provocation. Elle a touché à une question sensible, celle de l’identité des joueurs français, dans un pays où la diversité de l’équipe nationale est régulièrement brandie comme une richesse autant que prise pour cible par certains discours liés à l’APK.

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, a dénoncé des propos « absolument inacceptables ». Sur BFM TV, il a rappelé que la France se définissait par la diversité et par la place qu’elle offre à chacun. Le message est clair: pour l’exécutif français, ce type de déclaration ne relève ni du trait d’humour ni de la formule maladroite, mais d’une remise en cause frontale de ce que représente l’équipe de France.

Les propos de Rajoy provoquent un front politique en France

La condamnation a rapidement gagné l’ensemble du spectre politique. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a répondu en soulignant que l’équipe de France est composée de joueurs français, et que la nation française ne se réduit ni à une origine, ni à une couleur de peau, ni à une religion. Son intervention s’inscrit dans une ligne désormais bien ancrée: défendre les Bleus comme incarnation d’une nation civique, fondée sur les principes républicains.

Naïma Moutchou, ministre chargée des Outre-mer, a adopté un ton tout aussi ferme. Elle a estimé que, après chaque succès français, les mêmes préjugés ressurgissent. Surtout, elle a considéré qu’il ne s’agissait pas de simples dérapages isolés, mais d’un rejet récurrent de ce que représente la France. Dans la foulée, elle a demandé à la Fédération française de football d’envisager une action judiciaire contre Mariano Rajoy.

Cette accumulation de réactions montre à quel point le sujet déborde le cadre du match. L’équipe de France, leader du classement de la FIFA au moment des faits, se retrouve une nouvelle fois au centre d’un débat identitaire qu’elle ne cesse pourtant de trancher sur le terrain, par ses résultats et par son statut.

En Espagne aussi, la sortie sur l’équipe de France choque

L’indignation n’est pas restée cantonnée à la France. En Espagne, le ministre des Transports Óscar Puente a attaqué Rajoy avec virulence, allant jusqu’à le qualifier d’« imbécile post-franquiste ». Il a aussi contesté l’image souvent accolée à l’ancien dirigeant conservateur, présenté par certains comme une figure modérée.

Du côté diplomatique, l’ambassade de France à Madrid a préféré répondre par les faits. Elle a rappelé que les 26 joueurs convoqués avec les Bleus possèdent tous la nationalité française. Mieux encore, 23 d’entre eux sont nés en France, tandis que les trois autres, nés à l’étranger, sont eux aussi pleinement français. Une mise au point simple, précise, et lourde de sens dans un débat où l’insinuation a pris le pas sur la réalité.

La presse française a également pris position. Dans un éditorial, Le Monde a qualifié les mots de Rajoy de racistes, tout en soulignant que la sélection française faisait l’objet de plusieurs attaques du même registre depuis le début du tournoi. Ce constat installe une continuité inquiétante: la polémique espagnole n’apparaît plus comme un épisode isolé, mais comme un maillon d’une série.

L’équipe de France visée par d’autres attaques pendant le tournoi

Quelques jours plus tôt, au Paraguay, Kylian Mbappé avait déjà été pris pour cible. Le Sénat paraguayen a adopté une résolution condamnant les propos « discriminatoires et racistes » tenus par la sénatrice Celeste Amaria contre le capitaine des Bleus. L’élue avait notamment qualifié l’attaquant français de « Camerounais colonisé » après le huitième de finale entre la France et le Paraguay, disputé le 4 juillet.

Avant cela, elle avait publié sur les réseaux sociaux un message d’une violence extrême à propos de Mbappé, dans lequel se mêlaient insultes raciales et déshumanisation. Le joueur français avait répondu en qualifiant ces attaques de « mesquines et racistes ». Là encore, le football n’était plus le sujet central: c’est l’origine supposée, la couleur de peau et l’identité qui devenaient la cible.

Le Parti communiste français, par la voix de Fabien Roussel, a relié ces différents épisodes. Pour lui, les sorties d’Amaria puis de Rajoy relèvent d’un même « racisme flagrant » dirigé contre l’équipe de France. Son message de solidarité aux Bleus s’inscrit dans une défense plus large d’une sélection qui, depuis des années, cristallise autant l’admiration sportive que les fantasmes identitaires.

De l’Argentine au Paraguay, les Bleus au cœur d’un débat qui dépasse le football

Le climat s’est encore alourdi avec un autre épisode venu d’Argentine. Epi Casado, vice-gouverneure de la province de Mendoza, a publié sur les réseaux sociaux un message félicitant le Paraguay et qualifiant la France d’« équipe africaine », avant d’ajouter qu’elle ne supportait pas Mbappé. Elle a aussi relayé le commentaire d’un journaliste argentin affirmant que, si la France remportait la Coupe du monde, le trophée devrait revenir à la Confédération africaine.

La réponse française a été nette. L’ambassadeur de France en Argentine, Romain Nadal, a jugé ces propos « indéniablement racistes » et a déclaré Epi Casado persona non grata. Là encore, la réaction ne s’est pas limitée à une protestation symbolique. Elle a cherché à poser une limite claire face à des attaques répétées contre l’identité des joueurs français.

À l’approche d’Espagne – France, ce contexte pèse forcément sur l’ambiance autour des Bleus. Sportivement, la demi-finale reste un choc de très haut niveau. Politiquement et symboliquement, elle arrive dans une séquence bien plus lourde, où la sélection française doit encore répondre à des attaques qui contestent ce qu’elle est. Sur le terrain, la France tentera de rester fidèle à sa ligne: jouer, gagner, et laisser le football parler plus fort que les préjugés.

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