Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 11/07/2026 - 10:22 Football Africain

Coupe du Monde 2026 : l’Afrique signe un bilan historique mais inégal

Dix nations africaines participaient à la Coupe du Monde 2026 – un record absolu pour le continent – et le Maroc, dernier d’entre elles à être éliminé, referme un chapitre riche en enseignements. Le bilan global est positif, marqué par plusieurs performances remarquables, mais aussi par des déceptions cuisantes et l’absence d’une équipe africaine en demi-finales, exploit que les Lions de l’Atlas avaient réalisé en 2022. Tour d’horizon complet, nation par nation.

Les révélations et les belles histoires du tournoi

Le Cap-Vert restera sans doute l’image la plus forte laissée par l’Afrique dans ce Mondial. Attendus comme de simples figurants, les Tubarões Azuis ont électrisé le tournoi grâce à une combativité sans faille et un football de qualité. Un nul face à l’Espagne, un autre contre l’Uruguay, puis un 0-0 suffisant contre l’Arabie saoudite pour finir deuxièmes de leur groupe : la progression était logique, méritée. Contre l’Argentine en huitièmes de finale, ils ont tenu jusqu’en prolongation avant de s’incliner 3-2. Vozinha, leur gardien de 40 ans, est devenu l’un des personnages de cette Coupe du Monde. Une épopée que beaucoup garderont longtemps en mémoire.

La RD Congo a elle aussi su marquer les esprits, malgré les circonstances difficiles de sa préparation perturbée par la menace du virus Ebola dans le pays. Un nul 1-1 face au Portugal en ouverture, une victoire convaincante 3-1 contre l’Ouzbékistan, et une qualification comme l’un des meilleurs troisièmes : les Léopards ont montré un visage compétitif. Contre l’Angleterre en huitièmes, ils ont tenu leur avance jusqu’à la 75e minute avant qu’un doublé de Harry Kane ne les élimine. Ils repartent la tête haute.

L’Égypte, elle, a frôlé l’exploit. Après un parcours solide dans la phase de groupes – une victoire, deux nuls – et une qualification aux tirs au but face à l’Australie, les Pharaons ont mené 3-2 contre l’Argentine en huitièmes jusqu’à sept minutes de la fin, avant de s’effondrer. Une défaite difficile à digérer, mais un tournoi qui confirme la montée en puissance du football égyptien.

Des campagnes solides, des ambitions partiellement satisfaites

La Côte d’Ivoire a livré un tournoi plaisant, avec des victoires contre l’Équateur et Curaçao, avant de trébucher en huitièmes face à la Norvège d’Erling Haaland. Menés 1-1 jusqu’aux cinq dernières minutes, les Éléphants ont craqué in extremis. Leur jeune effectif et leur football attrayant laissent augurer un avenir prometteur.

Le Maroc, septième nation mondiale au classement FIFA, a rempli le contrat minimal en atteignant les quarts de finale, après avoir éliminé les Pays-Bas aux tirs au but et le Canada. Mais leur défaite face à la France sans vraiment inquiéter les Bleus, combinée à l’impossibilité de répéter leur épopée de 2022, justifie une note en demi-teinte. On attendait davantage d’une équipe de ce calibre.

L’Algérie a réussi à franchir la phase de groupes grâce notamment à un spectaculaire 3-3 face à l’Autriche, l’un des matchs du tournoi. Mais la défaite terne contre la Suisse en huitièmes, ancienne équipe de leur sélectionneur Vladimir Petković, a illustré les limites d’un collectif qui n’a jamais vraiment atteint son potentiel.

L’Afrique du Sud a vécu un Mondial historique en se qualifiant pour la première fois de son histoire pour les huitièmes de finale. Après un début catastrophique contre le Mexique, les Bafana Bafana ont su réagir. La défaite 1-0 contre le Canada en huitièmes, sans jamais vraiment peser sur la rencontre, relativise cependant l’exploit.

Les désillusions et le cas tunisien, véritable naufrage

Le Ghana entre dans la catégorie des occasions manquées. Un effectif débordant de talent, mais une campagne chaotique dès le départ : tensions internes, sélectionneur sans contrat, premières défaites contre la France et la Norvège. Le 5-0 contre l’Irak a offert une qualification in extremis, et les Black Stars menaient 2-0 contre la Belgique avec cinq minutes à jouer en huitièmes avant de tout perdre sur un penalty à la 125e minute. Frustrant au-delà des mots pour une équipe qui avait les moyens de faire beaucoup mieux.

Le Nigeria a présenté un profil similaire dans une certaine mesure, avec un coach Carlos Queiroz nommé quelques mois seulement avant la compétition et une philosophie clairement défensive. Des points pris contre le Panama et face à l’Angleterre, mais une sortie sans relief contre la Colombie en huitièmes. Queiroz a annoncé son départ dans la foulée.

La Tunisie, enfin, est la seule équipe africaine à avoir été éliminée dès la phase de groupes, et sa campagne constitue le véritable point noir du bilan continental. Trois défaites lourdes – 5-1 contre la Suède, 4-0 contre le Japon, 3-1 contre les Pays-Bas – et une gestion interne désastreuse, avec le limogeage de Sabri Lamouchi après la première journée et l’arrivée en urgence d’Hervé Renard, sans effet notable. L’ironie cruelle de cette débâcle : les Aigles de Carthage avaient terminé leur qualification sans encaisser le moindre but en dix matchs. Le gouffre entre les qualifications et la scène mondiale n’en paraît que plus vertigineux.

Ce que ce Mondial révèle sur le football africain

Le record de dix nations qualifiées traduit une reconnaissance institutionnelle du poids croissant du football africain, amplifiée par l’expansion du format à 48 équipes. Mais la présence ne suffit pas : la qualité de la préparation, la stabilité des sélectionneurs et la cohérence des projets sportifs restent des variables décisives, comme le montrent les contrastes criants entre le Cap-Vert et la Tunisie. Plusieurs équipes africaines ont franchi des étapes historiques – Afrique du Sud en huitièmes, Égypte aux portes des quarts – et le niveau moyen affiché sur la durée du tournoi témoigne d’une progression réelle. Mais pour qu’une nation africaine dispute à nouveau les demi-finales, il faudra probablement plus qu’un bon tournoi : une décennie de construction patiente, loin des crises de vestiaire et des nominations de circonstance.

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