Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 08/08/2026 - 00:28 Football Africain

La CAF resserre les rangs derrière Gianni Infantino

La Confédération africaine de football a choisi son camp. Réuni jeudi, son comité exécutif a réaffirmé à l’unanimité son soutien au président de la FIFA, Gianni Infantino, au moment même où l’UEFA défend l’idée d’un boycott des futures Coupes du monde tant qu’il restera en fonction.

Cette prise de position compte bien au-delà d’un simple geste diplomatique. Avec 54 associations membres sur 211 au sein de la FIFA, la CAF constitue un bloc électoral majeur dans la perspective de la réélection d’Infantino en mars prochain, alors que sa gouvernance est contestée après l’abandon du projet de FIFA Forward Enterprise, qui visait à céder une part de l’avenir commercial du Mondial.

Un soutien politique décisif dans une crise de gouvernance

Le communiqué de la CAF est sans ambiguïté: son exécutif a «reconfirmé» son soutien à Gianni Infantino et l’a remercié pour son appui au football africain. Le message est double. D’un côté, l’instance continentale défend une relation politique construite depuis 2016, année de l’arrivée d’Infantino à la tête de la FIFA. De l’autre, elle se démarque nettement des positions exprimées en Europe, mais aussi en Amérique du Nord et en Asie, où la fronde contre la direction de la FIFA s’est durcie.

Le cœur de la crise ne tient pas seulement au projet abandonné, mais à la méthode. Plusieurs fédérations nationales ont dénoncé un processus mené sans consultation suffisante sur un actif central du football mondial: les droits commerciaux de la Coupe du monde. Dans un système où la légitimité dépend du vote des associations membres, la question de la procédure pèse presque autant que le contenu des réformes.

L’Afrique entre loyauté stratégique et demande de transparence

Patrice Motsepe, président de la CAF, a salué la promesse de la FIFA de revoir les mécanismes ayant conduit à cette séquence. Son soutien n’est toutefois pas formulé sans conditions politiques. En insistant sur la gouvernance, la procédure régulière et la transparence, Motsepe cherche à ménager deux impératifs: préserver l’alliance avec Zurich et répondre aux critiques sur la manière dont les grandes décisions sont prises dans le football mondial.

Cette ligne reflète une réalité ancienne de la politique sportive internationale. Pour de nombreuses fédérations africaines, la FIFA n’est pas seulement un régulateur; elle est aussi une source de financement, d’infrastructures et de développement institutionnel. Le soutien à un président se lit donc souvent à travers un prisme de redistribution, d’accès aux programmes et de reconnaissance géopolitique. Cela n’efface pas les exigences de bonne gouvernance, mais cela explique pourquoi l’Afrique peut diverger du bloc européen sur les priorités immédiates.

Un front africain déjà préparé

Avant même la déclaration officielle de la CAF, plusieurs figures influentes du football africain avaient pris position en faveur d’Infantino, tout en approuvant l’abandon du projet controversé. Parmi elles figurent le vice-président de la CAF, Fouzi Lekjaa, ainsi que les membres africains du Conseil de la FIFA Hany Abo Rida, Hamidou Djibrilla et Ahmed Yahya. Veron Mosengo-Omba, récemment élu à la tête de la fédération de la République démocratique du Congo, s’est aussi rangé dans ce camp.

Cette convergence n’a rien d’anecdotique. Elle suggère que le soutien africain ne relève pas d’une réaction improvisée, mais d’une coordination politique en amont d’une échéance électorale majeure. Les propos très personnels tenus récemment par Motsepe à l’égard d’Infantino, qu’il a décrit comme un allié fidèle de l’Afrique, donnent à cette relation une dimension assumée de loyauté.

Ce que révèle l’épisode pour la FIFA

La séquence met en lumière une tension durable au sommet du football: l’opposition entre centralisation commerciale et exigence de contrôle politique par les fédérations. La Coupe du monde demeure le principal levier de puissance de la FIFA. Toute tentative d’en redéfinir la valeur, la propriété ou les revenus touche donc à l’équilibre même de l’institution.

Pour Infantino, l’appui de la CAF apporte un répit réel, mais pas une sortie de crise. Le malaise exprimé par d’autres confédérations montre que sa capacité à rassembler ne peut plus reposer sur les seuls rapports de force électoraux. La bataille qui s’ouvre n’est pas seulement celle d’un mandat. Elle porte sur la manière dont le football mondial sera administré: par consensus entre ses membres, ou par impulsions venues du sommet. Pour plus d’analyses sur la gouvernance du football africain, consultez aussi les salaires des stars africaines redessinent la carte du football mondial et la CAF annule les sanctions contre Samuel Eto’o après appel.

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