Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 09/07/2026 - 12:01 Football Africain

La Coupe du Monde 2026 révèle la montée en puissance du football africain

Neuf des dix équipes africaines engagées au Mondial 2026 ont atteint le tour des 32 – un résultat collectif qui, selon Wahid Oshodi, président du Lagos State Sports Trust Fund (LSSTF), marque un tournant véritable pour le continent. S’exprimant mercredi à Lagos auprès de la News Agency of Nigeria, ce dirigeant sportif nigérian a salué des performances qui traduisent, à ses yeux, une évolution structurelle du football africain plutôt qu’une série de coups d’éclat isolés.

L’expérience européenne comme moteur de la transformation

Pour Oshodi, également président de la Fédération africaine de tennis de table, l’explication de ces résultats est moins mystérieuse qu’il n’y paraît. Les joueurs africains sont désormais nombreux à évoluer semaine après semaine dans les meilleurs championnats européens, aux côtés des plus grands footballeurs du monde. Cette immersion prolongée forge une culture tactique, une gestion de l’intensité et une confiance que les sélections nationales récupèrent lors des grandes compétitions.

Ce constat n’est pas nouveau, mais le Mondial 2026 lui donne une résonance concrète. Les générations précédentes de joueurs africains brillaient souvent à titre individuel ; ce qui se dessine aujourd’hui, c’est une cohérence collective qui se manifeste sur la durée d’un tournoi exigeant.

Le Maroc, modèle d’un projet footballistique cohérent

Oshodi a réservé ses éloges les plus appuyés au Maroc, dont la campagne au Mondial 2026 confirme, selon lui, que la demi-finale atteinte au Qatar en 2022 relevait d’un projet structuré et non du hasard. « Certains pensaient que le succès du Maroc au Qatar tenait de la chance. Cette Coupe du Monde prouve qu’ils font les bonnes choses », a-t-il déclaré. Planification rigoureuse, encadrement technique de qualité, développement du football à la base : le dirigeant nigérian y voit une feuille de route que d’autres nations africaines gagneraient à étudier sérieusement.

La trajectoire marocaine illustre un principe souvent énoncé mais rarement mis en œuvre sur le continent : la continuité des investissements dans les infrastructures et la formation paie davantage que l’accumulation de talents bruts sans cadre institutionnel solide.

Le cas Nigeria : une absence qui interpelle

L’enthousiasme d’Oshodi pour les performances africaines ne masque pas une amertume personnelle bien réelle. Le Nigeria, puissance historique du football continental, est absent de la compétition – et ce qui inquiète le dirigeant, c’est moins l’absence en elle-même que l’indifférence qu’elle semble susciter. « La partie triste, c’est que le Nigeria n’est pas là. Plus triste encore, personne ne semble s’en préoccuper parce que d’autres équipes africaines ont très bien performé », a-t-il dit.

Le paradoxe est saisissant : les bonnes performances des autres nations africaines atténuent la pression qui devrait normalement s’exercer sur la Fédération nigériane de football. Pour Oshodi, c’est précisément le moment d’examiner lucidement pourquoi des pays disposant de ressources humaines et financières comparables – voire inférieures – progressent, quand le Nigeria stagne. Il a cité le Cap-Vert en exemple particulièrement éloquent : ce petit État insulaire démontre que la rigueur organisationnelle peut compenser largement les limites démographiques.

Gestion de match et investissement mesurable : deux chantiers urgents

Oshodi ne verse pas dans l’autosatisfaction. Si l’Afrique peut se targuer d’un bilan collectif historique, il identifie une faiblesse récurrente qui a coûté des éliminations prématurées à plusieurs équipes : l’incapacité à défendre un avantage et à fermer les rencontres. « Nous ne gérons pas assez bien la fin des matchs. Nous pouvons rivaliser avec les meilleures équipes, mais nous devons améliorer la gestion du jeu », a-t-il affirmé.

Ce déficit n’est pas d’ordre athlétique. Il renvoie à des questions de préparation mentale, d’automatismes défensifs et de densité de l’encadrement technique – autant de domaines où l’investissement dans les programmes de jeunes et la formation des entraîneurs peut produire des résultats mesurables à moyen terme. Sur ce point, Oshodi a reconnu l’engagement financier du gouvernement fédéral nigérian et du président Bola Tinubu tout en posant une exigence claire : les fonds engagés doivent se traduire par des résultats tangibles sur le terrain, pas seulement par des déclarations d’intention.

L’édition 2026, qui se déroule en Amérique du Nord dans un format élargi à 48 équipes, offre mécaniquement plus d’opportunités aux équipes africaines – mais ce sont bien leurs performances intrinsèques qui ont retenu l’attention, bien au-delà du simple avantage numérique.

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