Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le 17/07/2026 - 17:26 Football Internationale

La petite finale de la Coupe du monde oppose France et Angleterre pour une troisième place personne ne voulait

Thomas Tuchel l’a dit sans détour : « Aucun de nos joueurs ni aucun des joueurs français ne veut disputer ce match. » Il est rare qu’un sélectionneur énonce aussi franchement ce que tout le monde pense. La troisième place de la Coupe du monde a toujours occupé une position inconfortable dans l’imaginaire footballistique – ni vraie récompense, ni véritable épreuve, mais quelque chose qui ressemble davantage à une consolation organisée. Ce soir, la France et l’Angleterre s’y retrouvent ensemble, deux nations qui s’attendaient à jouer la finale.

Deux demi-finales, deux éliminations différentes

Le chemin qui mène ici mérite qu’on s’y attarde. La France avait traversé la phase à élimination directe avec une relative sérénité, portée par la dynamique de son quatuor offensif et une solidité collective rassurante. C’est face à l’Espagne que la mécanique s’est grippée. Le milieu de terrain espagnol, emmené par Rodri, a étouffé les circuits habituels des Bleus. Avec seulement 0,31 buts attendus au compteur, leur pire performance enregistrée dans un match de Coupe du monde, Deschamps et ses joueurs n’ont tout simplement jamais existé offensivement.

L’élimination anglaise, elle, laisse un goût plus amer encore – peut-être parce qu’elle était évitable. Face à l’Argentine, l’Angleterre avait pris l’avantage en seconde période grâce à Anthony Gordon. Ce qui a suivi appartient déjà au registre des débats qui durent. Retranchée dans son propre camp, l’équipe de Tuchel n’a détenu que 12 % du ballon dans les trente minutes qui ont séparé ce but de l’égalisation d’Enzo Fernández. Lionel Messi, laissé libre de construire le jeu à sa guise, a inscrit deux nouvelles passes décisives à son palmarès. L’histoire a rendu son verdict.

Un format contesté mais une tradition bien ancrée

La petite finale existe depuis 1930. Elle a survécu aux réformes successives du format de la compétition, aux critiques des entraîneurs et aux bouderies récurrentes de joueurs épuisés. La FIFA la défend au nom de l’équité sportive et de la valeur commerciale d’un match supplémentaire diffusé mondialement. Ses détracteurs y voient une corvée déguisée en cérémonie.

Pour la France, c’est pourtant une rencontre familière. Les Bleus disputent leur quatrième match pour la troisième place. Ils ont battu l’Allemagne en 1958, perdu face à la Pologne en 1982, et dominé la Belgique en 1986 – dans chacune de ces rencontres, au moins cinq buts ont été inscrits. L’Angleterre, de son côté, a déjà vécu cette situation : défaite face à l’Italie en 1990, puis face à la Belgique en 2018. Deux expériences douloureuses dont le souvenir ne plaide pas pour une mobilisation maximale.

Des enjeux individuels dans un collectif en transit

Les compositions d’équipe nous en apprendront davantage sur l’état d’esprit des deux sélectionneurs que n’importe quelle déclaration de presse. La rotation est attendue, mais certains joueurs auront des raisons personnelles de se donner. Harry Kane, avec 14 buts en Coupe du monde – à égalité avec Gerd Müller au cinquième rang de l’histoire, à un but seulement de Ronaldo Nazário – pourrait disputer ici sa dernière apparition dans la compétition. Une réalité que l’on ne mesure souvent qu’après coup.

Kylian Mbappé, lui, pointe au deuxième rang des buteurs de l’histoire avec 20 réalisations, à une longueur de Lionel Messi. L’âge lui permet encore d’envisager de dépasser ce record. Mais les Coupes du monde sont des rendez-vous rares, et rien ne garantit qu’un joueur au sommet de son art y sera encore dans quatre ans dans les mêmes conditions. Chaque match compte, même ceux que personne ne voulait jouer.

Il y a enfin la dimension humaine d’un adieu. Didier Deschamps, champion du monde comme joueur en 1998 et comme sélectionneur en 2018 – l’un des trois seuls hommes à avoir accompli ce doublé – termine ici son mandat. Sa déclaration, sobre et sans faux-semblant – « nous ne sommes pas là où nous voulions être, mais nous n’avons pas le choix » – dit quelque chose de sa conception du métier. Partir sur une troisième place plutôt qu’une finale, ce n’est pas le scénario écrit, mais c’est le sien désormais. Le superordinateur Opta donne la France favorite à 50,7 % dans l’hypothèse d’une victoire dans le temps réglementaire. Les dés ne sont pas pipés.

Un duel franco-anglais chargé d’histoire

France et Angleterre se retrouvent pour la quatrième fois en Coupe du monde. Les deux premières rencontres ont souri aux Anglais – 2-0 en 1966, 3-1 en 1982. La France a renversé la tendance lors du quart de finale 2022, s’imposant 2-1. Sur le plan des confrontations directes récentes, l’Angleterre n’a battu la France qu’une seule fois lors de ses neuf dernières oppositions – un succès 2-0 en match amical en novembre 2015 – et reste sur quatre rencontres officielles sans victoire.

Ce match de classement est peut-être marginal dans la grande narration du tournoi, mais il ne manque pas de matière. Deux philosophies de jeu, deux projets nationaux à différents stades de leur développement, quelques carrières individuelles qui s’achèvent ou se confirment. Tuchel a raison : ses joueurs voulaient la finale. Il ne l’a pas obtenue. Ce qu’ils feront de cette frustration, sur le terrain, est la seule question qui vaille encore la peine d’être posée.

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