Djed Spence, la carte inattendue que l’Angleterre peut encore jouer contre l’Argentine
Djed Spence, la carte inattendue que l’Angleterre peut encore jouer contre l’Argentine
Djed Spence s’est imposé, en quelques jours, comme l’une des options les plus intrigantes de l’Angleterre avant la demi-finale de Coupe du monde face à l’Argentine, programmée mercredi soir. Longtemps perçu comme une solution de couloir, le latéral de Tottenham a changé de dimension dans ce tournoi grâce à sa polyvalence, son impact en sortie de banc et une montée en puissance qui tombe au moment idéal pour Thomas Tuchel.
À 25 ans, Spence a surtout répondu sur le terrain. Après les critiques apparues à la suite du seizième de finale contre la RDC, le défenseur anglais a rebondi avec caractère. Ses entrées contre le Mexique puis contre la Norvège ont donné du relief à son Mondial, au point d’ouvrir un vrai débat tactique à la veille d’un rendez-vous majeur lié à l’APK.
Son profil plaît parce qu’il ne se limite pas à un seul registre. Depuis le début de la compétition, il a été utilisé quatre fois à gauche et deux fois à droite. Cette capacité à changer de couloir sans perdre en intensité offre à Tuchel une marge précieuse, surtout dans un match où chaque détail comptera.
Djed Spence a relancé sa Coupe du monde avec une entrée marquante contre la Norvège
Le quart de finale remporté 2-1 face à la Norvège a servi de vitrine. En une grosse mi-temps, Spence a pesé dans les deux sens du jeu. Il a d’abord apporté de la vitesse, puis de la profondeur, avec plusieurs projections qui ont immédiatement bousculé le bloc norvégien.
L’une de ses percées a mené à un penalty finalement annulé par la VAR. Une autre a débouché sur une frappe rasante à l’entrée de la surface, repoussée par le gardien norvégien Orjan Nyland. Derrière, il n’a pas seulement attaqué. Il a aussi défendu avec autorité, jusqu’à frôler le but en fin de match sur un dégagement adverse presque détourné dans ses propres filets.
Harry Kane ne s’y est pas trompé après la rencontre, saluant une prestation “exceptionnelle” et un vrai changement dans son couloir face à un ailier difficile à contenir. Ce genre d’appréciation, venant du capitaine, en dit long sur la place que Spence est en train de prendre dans la rotation anglaise.
Sa popularité grimpe d’ailleurs au même rythme que ses performances. Chez les supporters anglais, son nom circule de plus en plus, au point qu’un chant a déjà été imaginé à la radio nationale après le succès contre la Norvège. Sur les réseaux sociaux aussi, l’effet est visible: sa publication après ce quart de finale a approché le demi-million de mentions “j’aime”, soit bien au-delà de l’écho habituel de ses posts en saison.
Face à l’Argentine, Thomas Tuchel hésite entre le couloir gauche et un rôle plus offensif
C’est là que le dossier devient passionnant. Contre l’Argentine, Spence peut être une solution naturelle au poste d’arrière gauche, notamment si Reece James est suffisamment remis pour débuter à droite. Dans cette configuration, l’Anglais irait potentiellement défier Lionel Messi dans sa zone, avec un argument clair: il fait partie des meilleurs défenseurs du groupe en un contre un et possède une vitesse de rattrapage rare.
Ce serait un choix cohérent, presque classique. Mais ce n’est peut-être pas l’idée la plus audacieuse. Car contre la Norvège, Spence a aussi été le joueur anglais le plus percutant offensivement dans la prolongation. Son volume de course, sa faculté à éliminer et sa puissance dans les premiers mètres donnent une autre piste à Tuchel.
Sur le côté gauche, Anthony Gordon semble avoir verrouillé sa place. À droite, en revanche, la situation reste plus floue. Noni Madueke peine encore à transformer ses prises de balle en actions décisives. Jusqu’ici, il n’a participé à aucun but dans le tournoi, même s’il avait obtenu le penalty transformé en deux temps par Kane contre la Croatie lors du premier match.
Bukayo Saka reste l’option prioritaire quand il est disponible. Pourtant, son problème au tendon d’Achille l’a empêché d’enchaîner pleinement durant cette Coupe du monde. Si l’ailier d’Arsenal ne peut pas commencer la demi-finale, Tuchel pourrait être tenté par une idée moins attendue: avancer Spence d’un cran sur l’aile droite.
Roberto De Zerbi avait déjà testé Djed Spence plus haut
L’idée n’a rien d’improvisé. Roberto De Zerbi l’avait déjà utilisée à Tottenham lors du match décisif de fin de saison contre Everton. Ce jour-là, Spence avait évolué sur le flanc droit plus haut sur le terrain, en complément de Pedro Porro, afin de verrouiller ce côté tout en gardant une menace dans les transitions. Le pari avait tenu, et Tottenham avait assuré son maintien en Premier League.
Avant lui, Thomas Frank l’avait même essayé comme ailier gauche contre le Borussia Dortmund, lors d’une victoire 2-0 en Ligue des champions. Là encore, l’expérience avait montré des choses intéressantes, notamment sa capacité à attaquer son vis-à-vis sans complexe.
Reste une réserve importante. Si Spence sait éliminer grâce à sa vitesse et à ses appuis, sa dernière passe et son efficacité dans les trente derniers mètres demeurent plus irrégulières. Ses chiffres en carrière le rappellent: 8 passes décisives et 7 buts en 234 matches seniors. À titre de comparaison, son coéquipier Pedro Porro affiche 50 passes décisives et 29 buts en 305 rencontres.
Autrement dit, Spence n’est pas un ailier de métier. En revanche, il peut devenir un vrai facteur de déséquilibre dans un match fermé. Quand il déborde et attaque la ligne de fond, il force l’adversaire à reculer. Et contre une Argentine qui sait monopoliser les temps faibles de l’adversaire, ce type de menace peut avoir du poids.
Un Mondial qui change déjà le regard sur Djed Spence
Au-delà de la demi-finale, cette Coupe du monde est en train de modifier le statut du joueur. Son premier tournoi international lui sert de révélateur. Lui-même ne cache ni son enthousiasme ni son ambition. Il dit se sentir bien, affûté, heureux de pouvoir aider, avec l’envie de marquer l’histoire avec cette sélection.
Cette progression a d’autant plus de relief qu’il joue avec un masque de protection spécialement adapté, conséquence d’une fracture de la mâchoire subie en mai lors d’un match de Tottenham à Chelsea après un coup involontaire de Liam Delap. Ce détail visuel, devenu sa signature, a même connu un épisode insolite contre la Norvège lorsque son attache a disparu pendant la prolongation à Miami.
Son nom a aussi circulé sur le marché, avec un intérêt évoqué de clubs de Premier League comme Everton. Mais ses performances au Mondial, combinées aux quatre années restantes sur son contrat, renforcent logiquement sa valeur. Tottenham l’avait recruté en 2022 pour un montant de 20 millions de livres, bonus compris, après négociation avec Middlesbrough. Aujourd’hui, le contexte n’est plus du tout le même.
Pour le club londonien, le garder aux côtés de Pedro Porro permettrait de sécuriser deux solutions solides à droite, tout en conservant un joueur capable de dépanner à gauche. Pour l’instant, toutefois, ces considérations passent au second plan. L’urgence est ailleurs: l’Angleterre joue sa place en finale, et Spence pourrait bien être l’un des visages inattendus de cette soirée.
Face à l’Argentine de Cristian Romero et de Lionel Messi, Tuchel devra trancher. Le latéral de Tottenham peut servir à contenir, à courir, à fermer un couloir ou à dynamiter un côté. Dans une demi-finale, ce genre de polyvalence n’est pas un luxe. C’est parfois ce qui fait basculer un match. Pour suivre l’actualité officielle de la compétition, l’Angleterre et l’Argentine peuvent aussi être consultées sur le site de la FIFA.