La FIFA s’aligne derrière Infantino et aggrave sa crise de gouvernance
Les déclarations de soutien à Gianni Infantino se multiplient, au point de ressembler moins à un débat institutionnel qu’à un concours de loyauté. La dernière en date, venue de la fédération argentine, frappe par son emphase au moment même où le président de la FIFA est contesté pour sa méthode, son opacité et sa concentration du pouvoir.
Le paradoxe est saisissant: Infantino est applaudi pour avoir renoncé à un projet de capital-investissement que beaucoup n’ont découvert qu’après des révélations de presse. Être célébré pour un recul imposé, dans une organisation censée défendre la transparence, dit beaucoup de l’état réel du football international.
Des communiqués de fidélité plus que des prises de position
Les messages venus d’Afrique, d’Asie, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud ont en commun le même ton révérencieux et les mêmes formules sur une gouvernance «claire, stable et transparente». C’est précisément ce point qui interroge. Car la controverse récente porte sur un projet mené sans exposition publique suffisante et, selon les critiques, à l’écart des circuits ordinaires de délibération.
Dans n’importe quelle institution soumise à un contrôle réel, un tel épisode ouvrirait au minimum un débat sur les procédures, les contre-pouvoirs et les responsabilités. Ici, presque rien. Pas de soutien conditionnel, pas d’exigence de garde-fous, pas même une mise en garde polie sur la manière de gouverner à l’avenir. Ce silence n’a rien d’anecdotique: il révèle un système où l’allégeance compte davantage que la contradiction.
Le pouvoir de la présidence est devenu le vrai sujet
Le cas jordanien l’illustre de façon brutale. Le prince Ali bin Al Hussein a affirmé que le versement de primes dues à sa fédération avait tardé et qu’un soutien affiché à Infantino aurait pu faciliter la situation. Si ce récit est exact, le problème dépasse de loin une querelle politique: il touche à l’usage du pouvoir au sein d’une fédération mondiale qui redistribue ressources, visibilité et influence.
C’est là le cœur du dossier. Dans le football international, s’opposer au président de la FIFA peut avoir un coût politique et matériel. Beaucoup d’associations nationales dépendent de financements, de programmes de développement et d’un accès privilégié aux centres de décision. Dans ce contexte, la liberté de critique devient théorique. La loyauté n’est plus seulement une conviction; elle peut devenir une stratégie de survie.
Un déséquilibre ancien, aggravé par l’expansion du football mondial
Le problème ne se réduit pas à la personnalité de Gianni Infantino. Il tient aussi à l’architecture du poste. Depuis des années, la FIFA concentre une puissance considérable: elle organise les compétitions les plus rentables et les plus regardées du sport, arbitre des intérêts commerciaux majeurs et intervient dans des questions où se mêlent diplomatie, économie et symboles nationaux. Plus le football s’étend, plus la présidence de la FIFA devient une fonction capable de distribuer faveurs et sanctions.
Cette dérive a des effets concrets sur le jeu lui-même. Le président a pesé sur des évolutions structurelles, qu’il s’agisse du format des compétitions ou de choix présentés comme commerciaux autant que sportifs. Quand l’autorité politique d’une seule fonction s’étend à ce point, la frontière entre pilotage stratégique et pouvoir personnel devient fragile. Infantino au cœur d’un nouveau malaise à la FIFA illustre bien cette problématique.
Le football n’a pas seulement besoin d’un autre homme
La tentation serait de chercher un candidat alternatif et d’en faire l’antidote du moment. L’histoire récente invite à la prudence. Un président élu pour corriger les excès du précédent peut, une fois en place, épouser les mêmes réflexes de centralisation. Le vrai enjeu n’est donc pas seulement successoral. Il est institutionnel.
Le football mondial devra finir par rouvrir une question qu’il repousse sans cesse: comment limiter durablement le pouvoir de la présidence de la FIFA? Rotation accrue entre confédérations, rôle plus cérémoniel, encadrement plus strict des mandats, contrôle plus robuste des grands projets: les modalités peuvent varier, mais le principe est clair. Un sport aussi vaste, aussi riche et aussi influent ne peut dépendre de la volonté d’un seul homme, aussi habile soit-il à rassembler des serments de fidélité. Pour aller plus loin, consultez aussi la CAF resserre les rangs derrière Gianni Infantino et les salaires des stars africaines redessinent la carte du football mondial.