Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le 10/07/2026 - 18:09 Football Africain

Le football africain s’affirme au Mondial 2026, mais le Nigeria paie le prix de son absence

Neuf équipes africaines sur dix qualifiées ont atteint le tour de poule élargi de la Coupe du monde 2026 : ce chiffre, avancé par Wahid Oshodi, président du Lagos State Sports Trust Fund (LSSTF), résume à lui seul la progression collective d’un continent longtemps sous-estimé sur la scène mondiale. S’exprimant devant la presse à Lagos ce mercredi, Oshodi a dressé un bilan nuancé d’une compétition qui, selon lui, marque un tournant réel pour le football africain – tout en soulignant les lacunes persistantes qui freinent encore les ambitions continentales.

Une maturité collective enfin visible sur la grande scène

La Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, est la première édition à réunir 48 nations, portant à dix le nombre de représentants africains. Cette extension du format offrait à l’Afrique une occasion historique – et les équipes qualifiées l’ont globalement saisie. Oshodi attribue cette performance collective à l’insertion massive des joueurs africains dans les grands championnats européens, un phénomène qui s’est accentué au fil des dernières décennies.

La présence régulière de ces joueurs dans des contextes de haute compétition – Premier League, Liga, Ligue 1, Bundesliga – forge une mentalité différente, une lecture du jeu plus affinée et une capacité à gérer la pression des grandes rencontres. Ce n’est plus le talent brut seul qui caractérise le football africain, mais une combativité désormais structurée par l’expérience du haut niveau au quotidien. « Nos joueurs évoluent dans les meilleures ligues. Cette expérience transparaît dans la confiance et la qualité de leurs performances », a déclaré Oshodi.

Reste un point faible récurrent que le président du LSSTF identifie sans détour : la gestion de fin de match. Plusieurs équipes africaines ont dominé des adversaires plus cotés sans parvenir à conclure. Concéder un but après avoir mené au score, laisser filer une qualification déjà en main – ces erreurs de gestion collective trahissent encore un manque de maturité tactique dans les moments décisifs. C’est précisément là que se joue la frontière entre un bon tournoi et une véritable épopée.

Le Maroc confirme que 2022 n’était pas un accident

La performance du Maroc en 2022 au Qatar – demi-finaliste, première équipe africaine à atteindre ce stade en Coupe du monde – avait suscité autant d’admiration que de scepticisme. Certains observateurs y voyaient une conjonction favorable de circonstances plutôt que le signe d’une réelle montée en puissance. La Coupe du monde 2026 dissipe définitivement ce doute.

Oshodi salue le Maroc comme le modèle de référence du développement footballistique africain. La régularité des Lions de l’Atlas, leur niveau d’exigence tactique et leur aisance face aux grandes nations européennes reflètent, selon lui, un travail de fond : planification à long terme, encadrement technique cohérent, structures de formation solides. « Certains pensaient que le succès du Qatar relevait de la chance. Ce Mondial prouve qu’ils font les bonnes choses », a-t-il affirmé. À ses yeux, les performances marocaines démontrent qu’un système bien pensé produit des résultats reproductibles – et non des exploits isolés.

Il a également mis en avant le cas du Cap-Vert, petite nation insulaire de moins d’un million d’habitants, dont le parcours illustre une vérité que le football mondial commence à accepter : la taille d’un pays n’est pas un destin. Une planification rigoureuse, un recrutement intelligent dans la diaspora et une identité de jeu claire peuvent compenser un vivier humain limité. C’est une leçon que des fédérations bien dotées en ressources humaines devraient méditer.

Le Nigeria absent, une anomalie qui interroge

Dans ce tableau globalement positif, une absence fait tache : celle du Nigeria. Les Super Eagles, l’une des sélections les plus titrées et les plus populaires du continent, n’ont pas réussi à se qualifier pour la Coupe du monde 2026. Ce manquement prendrait moins de relief si les autres équipes africaines avaient également déçu. Mais c’est l’inverse qui s’est produit – et c’est précisément ce qui rend l’absence nigériane plus douloureuse.

Oshodi ne mâche pas ses mots : « La partie triste, c’est que le Nigeria n’est pas là. Plus triste encore, personne ne semble s’en préoccuper parce que d’autres équipes africaines ont très bien performé. » L’indifférence relative du public, anesthésiée par les succès des voisins continentaux, constitue peut-être le signal d’alarme le plus inquiétant. Elle masque une régression structurelle que la Fédération nigériane de football ne peut plus se permettre d’ignorer.

Le président du LSSTF reconnaît que des fonds sont mobilisés par le gouvernement fédéral et la Commission nationale des sports, et rend hommage à la volonté politique du président Bola Tinubu. Mais il pose la question centrale : l’investissement se traduit-il par des résultats concrets sur le terrain ? Former des joueurs talentueux, disposer d’une diaspora footballistique étoffée – le Nigeria réunit les conditions d’une puissance continentale. La conversion de ce potentiel en résultats réguliers reste le défi non relevé.

Ce que le Mondial 2026 exige de l’Afrique pour la suite

Au-delà des bilans individuels, Oshodi formule une vision d’ensemble. La Confédération africaine de football (CAF) doit capitaliser sur ces performances pour engager des réformes durables : renforcement des centres de formation, professionnalisation du coaching à tous les niveaux, fidélisation des supporters comme levier de développement économique des clubs. Le Mondial 2026 n’est pas une arrivée – c’est une validation du chemin parcouru et une exigence accrue pour la suite.

Quant au duel Morocco-France que le dirigeant nigérian appelle de ses vœux, il dépasse le simple résultat sportif. Ce serait la confrontation symbolique entre une nation africaine désormais installée dans l’élite mondiale et l’une des sélections les mieux organisées de la planète. Oshodi dit espérer une victoire marocaine, tout en reconnaissant la suprématie française dans ce tournoi. Ce vœu, partagé par des millions de supporters à travers le continent, dit quelque chose d’essentiel : l’Afrique ne se contente plus de participer. Elle aspire à gagner.

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