Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le juin 14, 2026 à 20h20 Football Africain

Gleizes emprisonné en Algérie : les stars du foot français gardent le silence

Alors que le Mondial 2026 débute, la famille de Christophe Gleizes, journaliste français incarcéré en Algérie, dénonce l’absence de soutien public de la part des grandes figures du football tricolore. Intervenant samedi sur France 5 dans l’émission C dans l’air, ses proches ont révélé avoir contacté Kylian Mbappé, Karim Benzema et Zinédine Zidane sans obtenir de réponse publique. Un silence qui pèse d’autant plus que la Coupe du monde offre une tribune mondiale inédite.

Un geste symbolique attendu, un silence pesant

La famille de Gleizes ne réclame pas de déclaration tonitruante. Elle espérait un simple signal, un mot, un geste mesurable de la part de joueurs qui incarnent, aux yeux de millions de personnes, un lien affectif et culturel entre la France et l’Algérie. Mbappé, Benzema et Zidane partagent tous trois cette double appartenance franco-algérienne qui aurait pu conférer à leur éventuelle prise de parole une résonance particulière, à la fois sportive et diplomatique.

Selon L’Équipe, des contacts ont bien été établis avec l’entourage de ces trois personnalités. Mais aucune d’elles n’a, à ce stade, exprimé publiquement son soutien au journaliste. La famille a néanmoins tenu à souligner qu’elle continue de soutenir l’équipe de France, et que l’absence de réaction individuelle ne ternit pas l’engagement collectif des institutions : la Fédération française de football, la Ligue de football professionnel et plusieurs clubs français se sont, eux, mobilisés.

Un journaliste condamné pour avoir couvert le football kabyle

Christophe Gleizes, 37 ans, a été arrêté en mai 2024 en Algérie alors qu’il couvrait la Jeunesse sportive de Kabylie, club emblématique du football algérien. D’abord placé sous contrôle judiciaire, il a été condamné en juin 2025 pour « apologie du terrorisme » – une qualification pénale régulièrement dénoncée par les organisations de défense de la presse comme un instrument de répression visant les journalistes étrangers – et écroué pour une peine de sept ans d’emprisonnement.

En mars dernier, Gleizes a renoncé à un pourvoi en cassation, calcul stratégique destiné à ouvrir la voie à une grâce présidentielle. Ce choix témoigne de l’épuisement des recours juridiques ordinaires et d’un pari sur la volonté politique du président algérien. Mercredi, le président de la FIFA Gianni Infantino a publiquement exprimé l’espoir que Gleizes puisse bénéficier d’une telle grâce et assister au Mondial. La FIFA lui a par ailleurs accordé une accréditation symbolique pour la compétition.

Une question depuis sa cellule, avant France-Sénégal

L’une des mesures les plus saisissantes de cette affaire tient dans ce qu’elle a de paradoxal : Gleizes devrait être autorisé à poser une question depuis sa prison lors de la conférence de presse précédant le match France-Sénégal, prévu le 15 juin. Un journaliste incarcéré, accrédité FIFA, s’adressant à distance aux joueurs d’une équipe nationale dont les stars refusent, pour l’heure, de prononcer son nom.

Cette image dit quelque chose de l’époque : les sportifs de haut niveau disposent désormais d’une audience et d’une influence sans précédent, mais exercent sur leur prise de parole politique un contrôle tout aussi inédit. Mbappé, Benzema et Zidane sont des figures mondiales dont un mot peut traverser les frontières et les régimes. Leur silence n’est pas nécessairement de l’indifférence – il peut relever de conseils juridiques, de considérations familiales ou d’intérêts commerciaux en Algérie. Il n’en reste pas moins audible.

Sport, liberté de la presse et responsabilité des icônes

L’affaire Gleizes s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre grands événements sportifs et respect des droits fondamentaux. La FIFA, régulièrement critiquée pour son pragmatisme face aux régimes autoritaires, fait ici un geste symbolique fort en accréditant un journaliste détenu. Mais la diplomatie institutionnelle a ses limites, et c’est souvent la voix des athlètes – moins contrainte par les protocoles diplomatiques – qui emporte le plus de poids dans l’opinion publique.

Des précédents existent : des sportifs américains, britanniques ou néerlandais ont, à plusieurs reprises, pris position sur des cas de journalistes ou d’activistes emprisonnés, modifiant parfois le cours des négociations. En France, la tradition est plus prudente. Mais la Coupe du monde, par sa visibilité planétaire, transforme chaque silence en choix lisible. La famille de Christophe Gleizes l’a compris. Elle attend, encore, que quelqu’un d’autre le comprenne aussi.

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