Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le juin 14, 2026 à 23h31 Football Internationale

Livano Comenencia porte Curaçao vers son premier Mondial avec fierté et ambition

À 22 ans, Livano Comenencia s’apprête à vivre ce que peu de joueurs issus des petites nations caribéennes ont connu avant lui : disputer une Coupe du monde. Latéral du FC Zurich et désormais milieu défensif sous les ordres de Dick Advocaat en sélection, le joueur représentera Curaçao lors du tournoi 2026 organisé au Canada, au Mexique et aux États-Unis – un Mondial inédit à 48 équipes qui ouvre la compétition à des nations longtemps tenues à l’écart de la scène planétaire. Pour Comenencia, ce n’est pas une simple qualification : c’est l’accomplissement d’une promesse faite à lui-même bien avant ses débuts professionnels.

Un choix du cœur, une identité revendiquée

Le parcours de Livano Comenencia illustre une réalité bien connue du football contemporain : celle des binationaux qui doivent, à un moment de leur carrière, trancher entre deux appartenances. Formé dans les sélections de jeunes aux Pays-Bas, il aurait pu suivre la trajectoire balisée vers l’équipe nationale néerlandaise. À 17 ans, il choisit Curaçao. «Mon cœur penche clairement pour Curaçao», dit-il sans ambiguïté.

Ce choix n’est pas seulement sentimental – il est structurant. Curaçao est une île autonome du Royaume des Pays-Bas, territoire d’environ 150 000 habitants situé au large des côtes vénézuéliennes. Sa sélection nationale, affiliée à la CONCACAF, a considérablement progressé ces dernières années grâce à l’apport de joueurs formés en Europe, souvent dans les académies néerlandaises. Comenencia incarne ce modèle : des racines caribéennes, une formation européenne, une identité assumée. Il se rend régulièrement sur l’île, tant pour les rassemblements de la sélection que pour ses vacances, entretenant un lien concret avec le pays qu’il représente.

Une qualification historique, des larmes de joie

Pour comprendre l’ampleur de ce que représente la qualification pour un pays comme Curaçao, il faut mesurer l’écart entre son poids démographique et l’envergure de la compétition à laquelle il va participer. La Coupe du monde est le rendez-vous télévisuel le plus suivi de la planète, devant les Jeux olympiques. Pour des nations qui peinent habituellement à attirer l’attention des médias internationaux, la présence dans le tableau final est une transformation de visibilité sans équivalent.

«Quand c’est devenu réalité, il y avait les supporters, les familles, toute cette ferveur autour de nous. Je n’arrivais pas à y croire. Tout le monde pleurait de joie. Moi aussi. J’ai tellement pleuré que je n’avais plus de larmes», raconte Comenencia. Ce moment dit quelque chose d’important : la qualification collective a valeur de fête nationale. Le football, dans les petits territoires, fonctionne comme un vecteur d’identité et de cohésion sociale d’une force que les grandes nations ont parfois du mal à percevoir.

Le passage de la Coupe du monde à 48 équipes – effectif dès l’édition 2026 – est précisément ce qui a rendu cette qualification accessible. En augmentant le nombre de représentants pour chaque confédération, la FIFA a délibérément choisi d’élargir la géographie du football mondial. Pour la CONCACAF, cela se traduit par davantage de places offertes aux nations de la zone Caraïbes et d’Amérique centrale, historiquement sous-représentées face aux poids lourds mexicain et américain.

Le groupe de la mort, sans complexe

Le tirage au sort n’a pas ménagé Curaçao : Côte d’Ivoire, Équateur, Allemagne. Trois sélections habituées aux phases finales de Coupe du monde, dont une quadruple championne du monde. Sur le papier, c’est le groupe le plus difficile que l’on pouvait imaginer pour un débutant. Sur le terrain, c’est une opportunité rare de se confronter au meilleur niveau mondial devant une audience de plusieurs centaines de millions de téléspectateurs.

Comenencia ne se drape pas dans la fausse modestie. Il attend avec impatience le match contre l’Allemagne, prévu à Houston. «C’est un immense match. J’ai hâte de me mesurer à des joueurs comme Jamal Musiala ou Florian Wirtz.» Et il croit en un avantage concret : la chaleur texane en plein milieu de journée. «Je pense que la chaleur peut nous aider. Nous avons le sang chaud», dit-il avec le sourire. L’argument n’est pas purement rhétorique – la physiologie sportive reconnaît depuis longtemps que l’acclimatation à la chaleur constitue un facteur de performance différentiel, notamment lors des phases d’effort intense en milieu de journée.

Sa confiance repose aussi sur une réalité tactique et technique : «Nous avons de la qualité, de la technique et beaucoup de caractère.» Des joueurs formés dans les meilleures académies européennes, évoluant dans des championnats professionnels compétitifs – c’est le socle sur lequel Advocaat construit son équipe. Dick Advocaat, figure tutélaire du football néerlandais, entraîneur aux expériences multiples au niveau international, est revenu aux commandes de la sélection à l’approche du Mondial après une pause pour raisons familiales. Pour Comenencia, sa présence est déterminante : «Il me pousse constamment, me donne énormément de confiance et me fait croire que tout est possible.»

La grande scène, enfin

Ce qui distingue Comenencia dans ses propos, c’est l’absence totale d’intimidation face à l’enjeu. «Honnêtement, c’est exactement pour ça que je suis devenu footballeur. Je veux jouer sur les plus grandes scènes et que le monde entier puisse me voir à la télévision.» Cette phrase, directe et sans détour, résume une ambition que beaucoup de joueurs de sa génération ressentent mais formulent rarement avec autant de clarté.

Il glisse également une pensée pour son club : «J’espère que le nouvel entraîneur du FC Zurich regardera mes matches pendant la Coupe du monde.» Une Coupe du monde reste, pour un joueur évoluant dans un championnat de taille intermédiaire, la vitrine la plus puissante qui soit. Trois matches face à des adversaires de premier rang mondial, retransmis partout sur la planète – c’est une exposition que des saisons entières en Super League suisse ne peuvent reproduire.

Curaçao arrive sans pression de résultat, mais avec quelque chose de peut-être plus précieux : la liberté. Celle de jouer sans filet, de surprendre, de représenter fièrement un territoire qui n’attendait plus rien du football mondial et à qui le football mondial vient enfin rendre visite.

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