Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 23/06/2026 - 16:26 Football Africain

Le Sénégal s’effondre face à la Norvège et met Pape Thiaw en sursis

Deux défaites en deux matchs, une défense qui se lézarde au moindre pressing adverse, des cadres hors de forme incapables d’élever leur niveau : la campagne sénégalaise au Mondial 2026 tourne au cauchemar. Après une large déconvenue face à la France lors du match d’ouverture, la nouvelle rout contre la Norvège a failli suffire à refermer définitivement la parenthèse. La qualification pour les huitièmes de finale est désormais compromise, et la responsabilité du sélectionneur Pape Thiaw est ouvertement mise en cause par une opinion publique dévastée.

Koulibaly, Gueye, Mané : le paradoxe des intouchables

Le cœur du procès intenté à Pape Thiaw tient en un mot : l’immobilisme. Coûte que coûte, le sélectionneur a reconduit les mêmes visages, quand bien même la forme physique et le rendement de ces joueurs signalaient depuis des semaines une fatigue profonde. Kalidou Koulibaly, monument défensif du football africain, est apparu comme le symbole douloureux de ce conservatisme. Déjà fragilisé face aux Bleus, il a été directement impliqué dans les trois buts encaissés contre les Norvégiens – une catastrophe individuelle qui résume, à elle seule, le naufrage collectif.

En milieu de terrain, Pape Gueye n’a jamais su imposer son empreinte dans un secteur central pourtant décisif à ce niveau. Devant, Sadio Mané – l’icône nationale, l’homme qui a porté la CAN sur ses épaules tant de fois – a évolué dans une invisibilité presque douloureuse à regarder. Seul Ismaïla Sarr a su sortir la tête de l’eau avec un doublé, trop insuffisant pour masquer l’étendue des dégâts. Dans les cages, Édouard Mendy a tenu tant bien que mal, seul rescapé d’un naufrage généralisé.

Ce que reprochent les supporters et observateurs à Thiaw n’est pas simplement d’avoir sélectionné ces joueurs, mais de les avoir maintenus en dépit de signaux d’alarme répétés, en sacrifiant au passage plusieurs jeunes en pleine éclosion. Ibrahim Mbaye, Assane Diao, Bara Sapoko Ndiaye – révélation des matchs de préparation, promesse vive du Bayern Munich – n’ont pas disputé la moindre minute. Cette mise en retrait des talents frais au profit des habitudes constitue l’angle mort stratégique de la campagne sénégalaise.

La Coupe du monde n’est pas la CAN : deux réalités incomparables

La Coupe d’Afrique des Nations, que Pape Thiaw avait brillamment gérée avant que le jury d’appel de la CAF ne remette en cause le sacre sur tapis vert, reste une compétition exigeante. Mais elle diffère structurellement d’un Mondial sur plusieurs points qui comptent ici. L’intensité physique des équipes européennes et sud-américaines, le volume de pressing, la densité tactique et la capacité à enchaîner des efforts maximaux sur de courtes fenêtres de récupération – tout cela place les nations africaines face à des contraintes athlétiques d’un autre ordre.

À la CAN, le calendrier, les adversaires et les marges tactiques permettent à une équipe bien organisée et solidaire de compenser des manques individuels. Sur la scène mondiale, la moindre faiblesse – un défenseur central lent à la relance, un milieu qui perd ses duels aériens, une attaque déconnectée du reste du bloc – devient une faille systématiquement exploitée. Le football de haut niveau international ne pardonne ni les réputations surfaites ni la fidélité mal placée. L’histoire récente des équipes africaines aux Mondiaux, qui peinent à franchir régulièrement le premier tour malgré des effectifs de qualité, illustre cette réalité cruelle.

Thiaw face à son destin : un dernier match comme tribunal

Le sélectionneur s’est présenté en zone mixte avec l’honnêteté d’un homme qui mesure pleinement la gravité de la situation. « Ça fait mal, ça fait mal parce qu’après tout on s’était bien préparés pour ce match pour prendre les trois points. On savait que c’était une finale. Maintenant, on l’a perdue », a-t-il reconnu. Mais il refuse la capitulation : « Tout peut encore se décider à la dernière journée. On va bien se préparer. On a absolument pas voulu ce résultat. Mais maintenant, on sait qu’il nous reste un match. Il faut tout donner. Après, on verra et on espère. »

Ces mots sonnent à la fois comme un aveu et un appel à la mobilisation. Car le contexte aggrave la pression : la situation contractuelle de Thiaw, suspendue depuis plusieurs mois pour des raisons qu’il a lui-même décrites comme des questions « de principe et de respect », n’était pas encore définitivement réglée. Un sélectionneur en fin de contrat, une équipe dos au mur, un dernier match contre l’Irak le 26 juin à Toronto – la trajectoire est claire. Une qualification inespérée pourrait temporairement sauver les meubles ; une élimination rendra le débat sur sa succession inévitable et probablement immédiat.

Au-delà du sort d’un homme, c’est la question de la gestion des cycles au sein du football sénégalais qui se pose. Comment passer d’une génération dorée – celle de Koulibaly, Mané, Gueye – à une suivante sans précipiter une rupture traumatisante ? Comment intégrer les jeunes talents au bon moment, en compétition et non seulement à l’entraînement ? Ces interrogations dépassent Pape Thiaw. Elles attendent, depuis trop longtemps, une réponse structurelle de la Fédération sénégalaise de football.

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