Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 07/07/2026 - 16:07 Football Nouvelles Sport

Brésil Mondial 2026: pourquoi la Seleção s’est effondrée plus tôt que prévu

Brésil Mondial 2026: pourquoi la Seleção s’est effondrée plus tôt que prévu

Brésil Mondial 2026 restera comme l’une des grandes désillusions de cette Coupe du monde. Battue par la Norvège d’Erling Haaland et sortie dès les huitièmes de finale dans le New Jersey, la Seleção a traversé le tournoi nord-américain sans jamais vraiment convaincre, ni dans le jeu, ni dans ses choix, ni dans sa gestion des temps faibles.

Un an après l’arrivée de Carlo Ancelotti, censé remettre le quintuple champion du monde au sommet, le constat est brutal. Le sélectionneur italien se retrouve déjà contesté, pendant qu’au Brésil l’analyse de cet échec s’annonce longue. Derrière l’élimination, il y a une accumulation de signaux faibles devenus, au fil des matches, de véritables fissures, jusque dans la lecture des effectifs et des formats APK.

Le problème ne se résume pas à une seule soirée ratée. Il touche à la construction de l’effectif, à la dépendance envers quelques cadres, à la place prise par Neymar, aux blessures, mais aussi à plusieurs décisions difficiles à défendre une fois le tournoi terminé.

Un Brésil trop âgé, trop rigide pour ce Mondial 2026

La première faille saute aux yeux: ce groupe manquait de fraîcheur. Ancelotti a choisi de faire confiance à un noyau expérimenté, sans doute par prudence, mais ce pari a vite montré ses limites. Les trois gardiens convoqués avaient 33, 32 et 38 ans, tandis que la moyenne d’âge en défense atteignait 31 ans.

Danilo et Alex Sandro, anciens latéraux de la Juventus, symbolisent cette fidélité aux vétérans. Au milieu, Casemiro, 34 ans, et Fabinho, 32 ans, sont restés des points d’appui majeurs. Sur le papier, l’expérience pouvait rassurer. Sur le terrain, elle a surtout donné l’image d’une équipe lourde, peu compacte et parfois dépassée dans le rythme.

Quelques profils plus jeunes ont bien apporté une note d’espoir, comme Rayan, 19 ans, ou Danilo, 25 ans, aujourd’hui à Botafogo. Mais cela n’a pas suffi à corriger l’impression générale. Ancelotti lui-même a reconnu, après l’élimination, que le Brésil devait injecter du sang neuf et aller chercher davantage de talent émergent dans le football brésilien.

Ce constat est central. Une sélection comme le Brésil ne peut pas seulement vivre de son passé ou de ses noms. Dans une compétition courte, l’énergie, la cohésion et la mobilité pèsent souvent autant que le prestige. La FIFA le rappelle à chaque édition: les grands statuts ne protègent jamais d’un tournoi mal préparé.

Neymar, le pari le plus discuté du Brésil Mondial 2026

Le retour de Neymar a concentré toute l’attention avant le tournoi. À 34 ans, et sans match avec le Brésil depuis octobre 2023 à cause de blessures, l’attaquant a pourtant été retenu par Ancelotti. Le choix était fort, médiatique, presque sentimental. Il s’est transformé en casse-tête.

À la veille du Mondial, Neymar a subi une blessure au mollet qui l’a éloigné des terrains pendant deux à trois semaines. Résultat: il a manqué les deux premiers matches de groupe et n’a disputé que 14 minutes contre l’Écosse lors de la troisième journée. À Miami, son retour a semblé poussif, loin de l’impact attendu.

Le sélectionneur ne l’a pas utilisé lors de la victoire contre le Japon. Puis il lui a accordé davantage de temps face à la Norvège. Neymar a bien marqué un penalty en fin de rencontre, mais ce but a davantage ressemblé à une sortie symbolique qu’à un vrai retour au premier plan.

Le fond du débat est là. Le Brésil a occupé une place importante dans son projet avec un joueur qui n’avait ni continuité physique ni garanties compétitives. Dans un tournoi aussi exigeant, cela a déséquilibré l’ensemble, d’autant que l’équipe dépendait déjà beaucoup de Vinicius Junior pour créer le danger.

L’absence de João Pedro, un choix qui alimente les critiques

Plus le tournoi avançait, plus une omission revenait dans toutes les discussions: celle de João Pedro. L’attaquant de Chelsea, 24 ans, sortait d’une première saison à Stamford Bridge marquée par 29 buts et passes décisives cumulés. Sa polyvalence en faisait un candidat crédible pour occuper l’axe ou varier les profils offensifs.

Sa non-convocation est apparue d’autant plus surprenante que Neymar était diminué. João Pedro semblait avoir le profil pour offrir autre chose, un point d’appui différent, davantage de mobilité, et peut-être une solution plus nette au poste de numéro 9. Au moment d’annoncer sa liste, Ancelotti avait d’ailleurs lui-même reconnu que le joueur méritait probablement d’en être.

Depuis l’élimination, cette décision revient comme un boomerang. Ronaldo Nazario n’a pas caché son incompréhension, estimant que cet échec renvoyait aussi à des choix effectués sur le banc. Pour l’ancienne gloire brésilienne, laisser à quai un attaquant en forme, capable d’apporter une variation réelle, reste difficile à justifier.

Dans un tournoi fermé, les marges sont fines. Un profil offensif différent peut changer un match, forcer une défense à s’adapter, ouvrir des espaces pour les ailiers. Le Brésil, lui, a souvent donné l’impression de chercher les mêmes solutions avec les mêmes joueurs.

Un milieu fragile et des décisions contestées en plein tournoi

Le cœur du jeu a sans doute été la zone la plus inquiétante du Brésil Mondial 2026. Bruno Guimarães a beaucoup donné, à la création comme dans l’effort défensif, et il a terminé avec quatre passes décisives. Pourtant, son activité n’a pas suffi à masquer le manque d’équilibre collectif.

Ancelotti n’avait d’abord retenu que cinq milieux centraux. Ensuite, il a rappelé Ederson, nouvelle recrue de Manchester United, pour compenser la blessure du latéral droit Wesley. Lucas Paquetá, davantage meneur de jeu que véritable relayeur, figurait aussi dans ce secteur. La construction du milieu a donc semblé hésitante dès le départ.

Le plus troublant, c’est que certaines options ont été peu utilisées. Ederson et Danilo n’ont presque pas eu leur chance. Après la défaite contre la Norvège, Ancelotti a reconnu que ce secteur réclamait des changements profonds pour l’avenir.

Un autre épisode a cristallisé les critiques: le penalty confié à Bruno Guimarães face aux Norvégiens. Son échec a pesé lourd, car le Brésil s’est retrouvé mené sans pouvoir renverser la situation. Beaucoup attendaient Vinicius Junior, meilleur buteur de l’équipe et joueur le plus tranchant du moment. Ancelotti a ensuite expliqué que cette hiérarchie reposait sur des statistiques, avec Raphinha puis Neymar devant, avant Bruno. L’explication n’a pas vraiment éteint le débat.

Les blessures ont affaibli la Seleção, sans tout excuser

Il serait injuste de faire comme si Ancelotti avait travaillé dans des conditions idéales. Le Brésil a abordé la compétition avec plusieurs absences lourdes. Avant même le début du tournoi, Éder Militão, Rodrygo et Estêvão Willian avaient déjà déclaré forfait. La Seleção perdait ainsi son latéral droit titulaire, mais aussi deux options importantes sur les côtés.

Pendant la compétition, les coups durs se sont enchaînés. Neymar n’a jamais retrouvé un vrai rythme. Raphinha s’est blessé aux ischio-jambiers contre Haïti et n’a plus rejoué ensuite. Lucas Paquetá, lui aussi touché aux ischio-jambiers, a dû quitter ses partenaires à la pause contre le Japon.

Ces absences ont réduit la profondeur de banc et limité les ajustements possibles. Elles expliquent une partie de la chute, mais elles ne suffisent pas à l’expliquer entièrement. Car les doutes existaient avant même que l’infirmerie ne se remplisse: manque de cohérence, animation trop dépendante de Vinicius, transitions imparfaites, effectif peu renouvelé.

Ancelotti sous pression, le Brésil déjà face à un nouveau cycle

Au lendemain de l’élimination, Carlo Ancelotti a choisi de défendre l’idée d’un point de départ plutôt que d’une fin. Pour lui, cette défaite doit lancer un nouveau cycle. Il a parlé de nouvelles idées, d’une évaluation plus large des joueurs et d’un travail à poursuivre malgré la douleur du moment.

Le discours se veut apaisant, presque protecteur. Mais au Brésil, la pression est déjà réelle. Douze mois après sa nomination, sa continuité est discutée, car la mission était claire: replacer la Seleção parmi les très grands. Or, dans ce Mondial, elle n’a jamais réellement décollé.

La suite dépendra sans doute moins des formules que des actes. Le Brésil doit rajeunir, densifier son milieu, clarifier sa hiérarchie offensive et réduire sa dépendance à quelques têtes d’affiche. Il lui faudra aussi retrouver une idée collective plus nette. Sans cela, même les plus grands noms ne suffiront pas.

Cette élimination n’est peut-être pas la fin d’un projet. En revanche, elle ressemble déjà à la fin d’une illusion: celle d’un Brésil capable de redevenir dominant sans se réinventer en profondeur.

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