Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 29/05/2026 - 12:04

Couvrir la Coupe du monde 2026 exige une préparation bien au-delà du sport

À compter du 11 juin 2026, des milliers de journalistes du monde entier convergeront vers les États-Unis, le Mexique et le Canada pour couvrir la Coupe du monde de football de la FIFA – l’un des événements sportifs les plus suivis de la planète. Mais Reporters sans frontières (RSF) tire la sonnette d’alarme : avant même de poser le pied dans l’un de ces trois pays hôtes, les professionnels des médias doivent mesurer les risques spécifiques qui accompagnent cette édition, bien au-delà des enjeux sportifs. Les États-Unis enregistrent leur pire classement historique dans l’Index mondial de la liberté de la presse de RSF, tandis que le Mexique figure parmi les environnements les plus dangereux au monde pour les journalistes.

Une frontière à franchir, un premier obstacle à anticiper

Pour de nombreux journalistes étrangers, le risque commence dès l’aéroport. Les autorités frontalières américaines disposent d’un pouvoir discrétionnaire étendu pour refuser l’entrée sur le territoire, retenir temporairement des voyageurs ou inspecter leurs appareils électroniques – téléphones, ordinateurs, tablettes – y compris les messages, courriels et activités sur les réseaux sociaux. Ce droit s’applique indépendamment de la validité d’un visa, d’une accréditation presse ou d’une autorisation ESTA. Les journalistes couvrant des sujets politiquement sensibles – immigration, protestations, politique étrangère – s’exposent à un examen renforcé.

Dans ce contexte, RSF recommande aux reporters de communiquer leur itinéraire à leur rédaction avant le départ, d’établir des protocoles d’urgence en cas d’interrogatoire ou de rétention, et de consulter les conditions d’entrée et de réentrée propres à chacun des trois pays hôtes. Le tournoi se déroulant sur trois territoires aux législations distinctes, les professionnels qui se déplacent entre les sièges de match doivent anticiper des règles différentes à chaque passage de frontière.

Surveillance numérique et protection des sources : des précautions non négociables

La tenue de l’événement dans de grandes métropoles soumises à une surveillance intensive – caméras, drones, reconnaissance faciale, pistage téléphonique – ajoute une dimension opérationnelle que les journalistes sportifs n’ont pas toujours l’habitude de gérer. RSF conseille de supprimer les données sensibles des appareils avant le voyage, de se déconnecter des comptes inutiles et de désactiver les méthodes d’authentification biométrique, comme la reconnaissance d’empreintes digitales ou faciale, susceptibles de faciliter l’accès aux données personnelles lors d’un contrôle frontalier.

Au Mexique, la vigilance doit être encore plus marquée. Les journalistes qui abordent des sujets tels que le crime organisé, la corruption, la migration ou les violences policières au-delà du cadre strict du tournoi doivent appliquer des mesures renforcées pour protéger leurs sources et leurs communications. Ce pays reste l’un des plus mortels du monde pour la presse : les menaces, intimidations et actes de violence contre les reporters y sont documentés de façon régulière. Les professionnels étrangers sont vivement encouragés à travailler avec des contacts locaux de confiance et à éviter de s’aventurer seuls dans des zones qu’ils ne connaissent pas.

Accréditation ne rime pas avec immunité

Détenir une accréditation presse officielle de la FIFA ne constitue pas un bouclier absolu. Aux États-Unis, des journalistes munis de leurs credentials ont déjà été arrêtés, retenus ou empêchés d’exercer leur mission lors de la couverture de manifestations ou d’opérations policières. Dans ce contexte, une hausse de l’activité des agents du service américain de l’immigration et des douanes (ICE) est anticipée durant la période du tournoi, ce qui impose aux reporters étrangers de porter sur eux des pièces d’identité à tout moment sur le terrain. Il est également indispensable de s’assurer d’avoir obtenu le type de visa adapté à une activité journalistique et non touristique.

Au Canada, dont le classement en matière de liberté de la presse est nettement plus favorable que celui de ses deux co-organisateurs, les journalistes couvrant des protestations ou des rassemblements politiquement sensibles peuvent néanmoins se heurter à des restrictions d’accès aux périmètres de sécurité ou à des pratiques policières variables selon les juridictions. Préparer la couverture d’un tel événement implique donc de se familiariser en amont avec les lois locales sur les réunions publiques, les protocoles d’interaction avec les forces de l’ordre et les recours juridiques disponibles dans chaque ville concernée.

Se préparer comme sur un terrain difficile

RSF le formule clairement : couvrir la Coupe du monde 2026 exige le même niveau de préparation que n’importe quelle mission en zone à risque. Cela suppose de partager son itinéraire avec la rédaction, de disposer de sauvegardes chiffrées des documents essentiels, de bénéficier d’un soutien juridique préalable et d’avoir établi des plans de réponse en cas de confiscation de matériel ou de détention.

L’organisation invite par ailleurs tous les journalistes à signaler immédiatement toute atteinte à la liberté de la presse – obstruction, intimidation, usage excessif de la force, surveillance abusive ou détention arbitraire – à l’adresse [email protected], afin de documenter les incidents qui pourraient survenir tout au long du tournoi. La Coupe du monde doit rester ce qu’elle est dans l’idéal : une célébration du football. Pour que les journalistes puissent se concentrer sur le jeu, ils doivent d’abord s’assurer de pouvoir exercer leur métier en sécurité.

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