Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 29/05/2026 - 20:23

Le Sénégal arrache sa place en finale de la CAN U17 face au Maroc aux tirs au but

Sept à six aux tirs au but, après une égalisation marocaine dans le temps additionnel : la demi-finale disputée jeudi soir à Rabat entre le Sénégal et le Maroc restera l’une des rencontres les plus tendues de la compétition. Les jeunes Lions de la Téranga, tenants du titre, rejoignent la Tanzanie en finale de la Coupe d’Afrique des Nations U17 2025, programmée dimanche. Leur victoire, acquise au terme d’un scénario éprouvant, dépasse le seul cadre sportif.

Un scénario à rebondissements sur fond de rivalité continentale

La rencontre avait pourtant débuté selon le plan sénégalais. A. Wagner ouvre le score dès la 23e minute, et les Sénégalais administrent ensuite le match avec une rigueur défensive qui neutralise le jeu offensif marocain pendant l’essentiel de la partie. Mais devant leur public de Rabat, les jeunes Marocains ne lâchent pas prise. Dans les ultimes secondes du temps additionnel, Ismail El Aoud transforme un rebond après que son penalty initial avait été repoussé, forçant la prolongation puis la séance de tirs au but.

C’est le gardien Assane Sarr qui devient le héros sénégalais en réalisant plusieurs arrêts décisifs lors du shootout. La qualification se joue finalement à 7-6, dans une atmosphère électrique qu’alimentait un contexte bien plus large que la seule compétition de jeunes.

Car cette demi-finale s’inscrit dans un contentieux entre les deux fédérations qui dépasse largement les catégories d’âge. Au niveau sénior, le Sénégal a été privé de son titre à la CAN 2025 par une décision de la CAF, qui a attribué le trophée au Maroc à la suite d’un incident lors de la finale à Rabat – un moment de retrait des joueurs sur le terrain – dont l’interprétation réglementaire a fait l’objet de vives contestations. La Fédération sénégalaise a saisi le Tribunal Arbitral du Sport et continue de brandir le trophée dans l’attente du verdict. Ce dossier, toujours ouvert, conférait à la rencontre de jeudi une charge symbolique rarement vue à ce niveau de compétition de jeunes. Les réseaux sociaux, après le coup de sifflet final, l’ont amplement confirmé.

La Tanzanie, révélation inattendue d’un tournoi en mutation

Si la qualification sénégalaise était dans l’ordre des choses au regard de leur palmarès en football de jeunes, l’autre demi-finale a produit le coup de théâtre du tournoi. La Tanzanie s’est qualifiée pour sa toute première finale de CAN U17 en éliminant l’Égypte aux tirs au but, après un match sans but. Une première historique pour le football est-africain à ce niveau continental.

Les Tanzaniens n’entraient pas dans la compétition avec le statut de favoris – loin de là. Aux côtés de nations à forte tradition de football de jeunes comme le Sénégal, le Maroc, le Mali, le Nigeria ou le Ghana, ils figuraient parmi les outsiders. Leur solidité défensive et leur sang-froid face à l’adversité ont pourtant fait la différence à chaque tour. Les analystes du football africain y voient le signe d’une démocratisation réelle du développement des jeunes joueurs sur le continent, portée notamment par l’élargissement historique de cette édition à seize équipes – une première dans l’histoire de la compétition.

Cette expansion de la CAN U17 n’est pas anodine. Elle traduit une volonté de la CAF de ne plus confiner l’excellence du football de jeunes à un club de nations historiquement dominantes. La montée en puissance de pays comme la Tanzanie valide cette orientation.

Le Maroc et les grandes nations face à un football africain remodelé

Pour le Maroc, l’élimination sur home soil est douloureuse. Tenant du titre U17 acquis l’année précédente – leur toute première couronne à ce niveau – les jeunes Marocains espéraient confirmer une montée en puissance qui reflète les investissements massifs réalisés par leur fédération dans les infrastructures et la formation depuis une décennie. Leur jeu offensif a produit des éclairs tout au long du tournoi, mais une fragilité défensive et un manque de constance sous pression leur ont coûté la finale.

Au-delà du Maroc, l’édition 2025 confirme que des nations comme le Nigeria ou le Ghana – qui ont longtemps dominé les compétitions africaines de jeunes – ne peuvent plus présupposer leur supériorité. La compétition s’est densifiée, les méthodes d’entraînement se sont diffusées, et des pays auparavant absents du haut de tableau imposent désormais leur marque. C’est un tournant structurel, pas une anomalie conjoncturelle.

La finale de dimanche entre le Sénégal et la Tanzanie opposera l’expérience à l’audace, le prestige d’un champion qui entend défendre son rang à la détermination d’un outsider qui n’a plus rien à perdre. Pour le football africain dans son ensemble, les deux issues seraient riches de sens. Le Maroc affrontera l’Égypte pour la troisième place.

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