Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 30/06/2026 - 15:19 Football Internationale

Les Pays-Bas dominent le groupe F et défient le Maroc en huitièmes

Trois matches, trois défaites, neuf buts encaissés : la Tunisie quitte la Coupe du monde 2026 avec le bilan le plus sombre de la compétition à ce stade. En face, les Pays-Bas terminent premiers du groupe F après leur victoire 3-1 face aux Tunisiens et se projettent désormais vers un choc des huitièmes de finale face au Maroc, le 29 juin à Monterrey. Ce duel, qui oppose deux nations liées par une histoire migratoire dense, s’annonce comme l’un des plus chargés de sens de ce Mondial nord-américain.

Une victoire néerlandaise sans résistance, mais des questions qui demeurent

La rencontre n’a jamais vraiment constitué un test sérieux pour les Oranje. Dès la septième minute, les Pays-Bas menaient 2-0, le défenseur tunisien Ellyes Skhiri ayant eu la malchance de couper le ballon dans son propre but lors d’une première période au cours de laquelle il s’est également retrouvé à lutter physiquement avec Brian Brobbey – au point de perdre son numéro de maillot dans l’accrochage. La deuxième période a débuté dans un certain chaos : la Tunisie s’est alignée à dix joueurs au coup d’envoi, avant que l’arbitre ne stoppe le jeu pour permettre à Skhiri, sorti du tunnel en courant, de prendre sa place. Un épisode tragicomique à l’image d’une campagne tout entière.

Hazem Mastouri a réduit l’écart pour la Tunisie en début de seconde période, offrant un bref espoir d’une fin de tournoi moins désastreuse, mais Jan Paul van Hecke – récent transfert à Tottenham Hotspur – a rétabli l’écart à deux buts pour fixer le score à 3-1. Brian Brobbey, lui, inscrit son troisième but du tournoi et se retrouve dans la course au Soulier d’Or, distinction d’autant plus remarquable qu’il avait débuté la compétition sur le banc. Sa force physique hors du commun en fait un adversaire quasi impossible à contenir : après l’international suédois Isak Hien, malmené lors de la victoire néerlandaise 5-1 face à la Suède, c’est Skhiri qui a pu en témoigner à ses dépens.

Reste que les Pays-Bas suscitent autant d’enthousiasme que d’interrogations. La défense, emmenée par Virgil van Dijk, est solide. Le milieu de terrain – Frenkie de Jong, Ryan Gravenberch, Tijjani Reijnders – a contrôlé les trois rencontres de poule avec une autorité évidente. Mais l’attaque pose encore question. Depuis les retraites de Robin van Persie et d’Arjen Robben, les Oranje n’ont pas retrouvé un duo de classe mondiale en pointe et sur le flanc. Face au Japon, meilleure défense affrontée jusqu’ici, le jeu offensif néerlandais s’est révélé lent et trop latéral. Le match contre le Maroc sera le premier vrai examen de leur ambition.

La Tunisie, victime d’une gestion calamiteuse

La campagne tunisienne ne manquera pas de susciter des analyses approfondies dans les semaines à venir. Mais une conclusion s’impose déjà : limoger un sélectionneur peu après le début d’un tournoi majeur, puis confier l’équipe à un entraîneur peu familier des joueurs, est rarement une décision judicieuse. La Côte d’Ivoire avait changé de technicien en cours de route lors de la CAN 2024 pour remporter le titre – mais il s’agissait d’une promotion interne, dans un contexte différent.

En Tunisie, les difficultés sont antérieures au Mondial. Depuis une élimination aux tirs au but face au Mali à la CAN 2025 – après avoir concédé l’égalisation dans le temps additionnel – l’équipe a perdu cinq de ses sept dernières rencontres. À cela s’ajoute une instabilité structurelle : pas moins de dix modifications ont été apportées aux sélections successives entre la CAN et ce Mondial, à peine six mois d’intervalle. Le défenseur Ali Abdi avait résumé le problème avec une lucidité désarmante après la défaite 4-0 face au Japon : « Nous n’avions pas le temps de travailler ensemble. Au lieu de corriger les défauts, on repartait de zéro à chaque fois. »

Hervé Renard, sélectionneur de circonstance dont la présence aura duré deux matches, n’est pas comptable de ce naufrage. Il a hérité d’un groupe déstabilisé, sans continuité ni cohésion. La Tunisie repart avec le pire bilan défensif de la compétition et une leçon douloureuse sur le prix de l’improvisation dans la gestion d’une équipe nationale.

Pays-Bas contre Maroc : un choc sportif et culturel

Au-delà du football, la rencontre qui se profilera le 29 juin à Monterrey portera une charge symbolique considérable. Selon les estimations du Bureau central des statistiques néerlandais, environ 433 000 personnes d’origine marocaine vivent aux Pays-Bas, une communauté dont les racines remontent aux vagues d’immigration des années 1960 et 1970. Noussair Mazraoui, latéral gauche probable du Maroc ce soir-là, est né à Leiderdorp, aux Pays-Bas. Sofyan Amrabat, milieu polyvalent des Lions de l’Atlas, est originaire de Huizen, en Hollande-du-Nord.

Ces trajectoires illustrent une réalité plus large : les modifications récentes des règles d’éligibilité de la FIFA ont facilité les choix de représentation pour les joueurs nés dans un pays et ayant des liens familiaux avec un autre. Le duel Pays-Bas-Maroc met ainsi face à face deux nations qui partagent une partie de leur histoire humaine, et dont les formations comptent plusieurs joueurs forgés par les mêmes ligues, voire les mêmes villes.

Sur le plan tactique, les deux équipes privilégient un jeu porté sur les flancs, avec des latéraux offensifs et une capacité à accélérer sur les côtés. À Rotterdam, La Haye ou Utrecht, des dizaines de milliers de supporters seront réveillés à 3h du matin pour suivre une rencontre qui dépasse largement le cadre sportif. Le vainqueur affrontera, le 4 juillet à Houston, le gagnant du match entre l’Afrique du Sud et le Canada. Pour les Pays-Bas, ce sera le moment de répondre enfin à la question qui hante leur football depuis des décennies : peuvent-ils, cette fois, aller jusqu’au bout ?

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