Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le juin 15, 2026 à 8h22 Football Africain

Treize nations africaines, asiatiques et caribéennes recadrent publiquement le président de l’UEFA

Aleksander Ceferin, président de l’UEFA, a essuyé une riposte collective et formelle de treize équipes qualifiées pour la Coupe du Monde 2026, après avoir qualifié publiquement les matchs de ce tournoi élargi à 48 équipes de « peu attrayants ». Par l’intermédiaire de la Confédération sud-africaine de football, ces nations ont publié une déclaration commune exprimant leur profonde désapprobation. Le signal envoyé dépasse la simple querelle protocolaire : il révèle une fracture de fond au sein de la gouvernance mondiale du football.

Des mots qui ont fait mouche bien au-delà de l’Europe

Les propos de Ceferin n’ont pas été prononcés dans le vide. Le passage de 32 à 48 équipes pour la Coupe du Monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, est l’une des réformes les plus controversées de l’histoire récente de la FIFA. Ses détracteurs, nombreux en Europe, y voient une dilution sportive : davantage de matchs déséquilibrés, des phases de groupes aux enjeux parfois limités, un format difficile à vendre aux téléspectateurs habitués à l’intensité concentrée des éditions à 32 équipes.

Mais formuler ce scepticisme en termes de matchs « peu attrayants » revient à désigner nommément les équipes qui occupent ces nouvelles places. Les treize nations signataires de la déclaration l’ont bien compris. Elles ont rappelé, avec une clarté sans équivoque, que pour leurs pays respectifs, aucune participation à une Coupe du Monde n’est anodine ni dépourvue de sens. Parmi elles figurent des nations nouvellement qualifiées – le Cap-Vert, Curaçao, la Jordanie, l’Ouzbékistan – mais aussi des habitués du tournoi comme le Maroc, l’Égypte, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Tunisie, Haïti, l’Afrique du Sud et la République démocratique du Congo.

Une fracture ancienne entre Europe et reste du monde

Cette controverse s’inscrit dans une tension structurelle qui traverse le football mondial depuis des décennies. L’UEFA, qui représente les ligues les plus riches et les marchés télévisuels les plus lucratifs, a longtemps exercé une influence disproportionnée sur les orientations de la FIFA. L’expansion du format de la Coupe du Monde à 48 équipes, approuvée sous la présidence de Gianni Infantino, a en partie été pensée pour rééquilibrer cette représentation géographique et ouvrir le tournoi à des confédérations historiquement sous-représentées, notamment en Asie, en Afrique et dans les Caraïbes.

Les nations africaines en particulier ont de longues raisons de nourrir une certaine méfiance vis-à-vis des priorités européennes dans l’administration mondiale du sport. La question du calendrier international, la répartition des droits télévisuels, les conditions de qualification – autant de sujets sur lesquels les positions de l’UEFA et celles des confédérations du Sud global divergent régulièrement. Que Ceferin ait choisi de s’exprimer publiquement contre le format d’un tournoi dont son instance ne contrôle pas directement l’organisation constitue, aux yeux de ces treize équipes, une ingérence mal venue doublée d’un mépris symbolique.

Ce que dit la déclaration commune sur l’état du football mondial

La réponse collective organisée via la Confédération sud-africaine de football est, en elle-même, un acte politique. Choisir ce canal plutôt qu’une série de déclarations individuelles donne du poids à la protestation et lui confère une dimension diplomatique. Elle signale une capacité de coordination entre nations qui partagent un ressenti commun face aux hiérarchies implicites du football mondial.

Il serait réducteur d’y voir uniquement une réaction d’amour-propre. La Coupe du Monde reste, pour une majorité de ces pays, l’événement sportif le plus suivi de leur histoire nationale. Une qualification mobilise des générations entières, transforme des joueurs locaux en figures nationales et génère une visibilité internationale que peu d’autres événements peuvent offrir. Qualifier ces enjeux de « peu attrayants » touche à quelque chose de bien plus profond que le seul niveau de jeu : cela interroge la légitimité même de leur place dans le tournoi.

Aleksander Ceferin n’a pas encore répondu publiquement à cette déclaration collective. Mais l’épisode illustre avec acuité les tensions que la réforme du format mondial a libérées, et la difficulté croissante pour les dirigeants du football européen de s’exprimer sur la scène mondiale comme si leur perspective en constituait la norme universelle. Pour aller plus loin sur le sujet, lisez aussi : Mondial 2026 : treize fédérations africaines et asiatiques rejettent les propos de Ceferin sur les «matches sans intérêt» et Des fédérations africaines et mondiales rejettent les propos de Ceferin sur le Mondial 2026.

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