Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le 30/06/2026 - 21:16 Football Internationale

Accueillie par des manifestants à 4 h du matin, la Corée du Sud rentre de la Coupe du monde

Rentrer bredouille d’une Coupe du monde, c’est déjà difficile. Le faire sous les huées de ses propres supporters venus exprès à l’aéroport en pleine nuit, c’est une autre catégorie de douleur. C’est pourtant ce qu’a vécu la sélection sud-coréenne de football à son retour du tournoi, éliminée dès la phase de groupes dans des circonstances qui ont déclenché une tempête nationale. La semaine a été mauvaise pour beaucoup de monde – mais il est difficile d’imaginer pire que celle-là.

Une sortie prématurée, une nation en colère

La Corée du Sud avait terminé troisième du Groupe A, avec une victoire contre la Tchéquie (2-1), mais deux défaites face au Mexique et à l’Afrique du Sud. Trois points au compteur, un goal average négatif : insuffisant pour figurer parmi les meilleurs troisièmes et poursuivre la compétition. Une élimination que peu de spécialistes auraient anticipée avec une telle netteté – le groupe semblait à portée – et qui a frappé le pays comme un choc.

La réaction des autorités a été immédiate et sans équivoque. Le sélectionneur a remis sa démission avant même que la délégation ne monte dans l’avion du retour. Le président de la République a réclamé l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de l’échec et sur le processus ayant conduit au recrutement du coach. Une telle intervention du chef de l’État dans les affaires sportives reflète le statut particulier du football en Corée du Sud, où la sélection nationale est perçue non pas comme une équipe parmi d’autres, mais comme un vecteur d’identité et de fierté collective.

Le choix de l’aube, et son échec cuisant

L’équipe avait programmé son atterrissage à quatre heures du matin, un horaire manifestement choisi pour décourager tout rassemblement. Le calcul était compréhensible. Il s’est révélé totalement erroné. Des supporters en colère étaient là, dans les halls de l’aéroport, pour accueillir les joueurs avec des slogans et des protestations. Pas les bras ouverts – tout le contraire.

Ce type de scène, rare dans le sport occidental, n’est pas inédit en Asie du Sud-Est et en Extrême-Orient, où le football représente un investissement émotionnel collectif d’une intensité que les résultats décevants peuvent transformer en fureur publique. Se déplacer à l’aéroport en pleine nuit pour interpeller des sportifs professionnels dit quelque chose de la relation que des millions de personnes entretiennent avec leur équipe nationale : il ne s’agit plus de divertissement, mais d’une promesse que l’on juge trahie.

Ce que cela révèle sur la culture du football international

La Coupe du monde a ceci de particulier qu’elle comprime en quelques semaines des années d’attente, d’espoir et d’identification nationale. Pour les équipes qui y participent avec de réelles ambitions, chaque défaite pèse d’un poids bien supérieur à celui d’un match ordinaire. La Corée du Sud avait marqué les esprits en 2002, en atteignant les demi-finales lors de la Coupe du monde qu’elle coorganisait avec le Japon – un exploit qui a profondément ancré l’idée que la sélection pouvait rivaliser avec les meilleures nations. Ce souvenir, encore vif, rend les contre-performances d’autant plus difficiles à accepter.

Pour les joueurs et le staff, la perspective des quatre années d’attente avant le prochain tournoi est une réalité brutale. Pour les supporters qui ont fait le déplacement à l’aube, c’est aussi une frustration suspendue dans le temps. La Coupe du monde ne pardonne pas l’entre-deux : on retient les héros et les naufragés, rarement ceux qui sont passés sans laisser de traces. La Corée du Sud, cette fois, n’a pas eu la chance de choisir dans quelle colonne elle allait figurer. Découvrez aussi comment Bafana Bafana sort la tête haute du Mondial et comment les Pays-Bas dominent le groupe F pour défier le Maroc en huitièmes.

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