Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le 01/07/2026 - 19:05 Football Football joueurs Sports

Coupe du monde 2026: les supporters des États-Unis veulent transformer l’essai

Coupe du monde 2026: les supporters des États-Unis veulent transformer l’essai

La Coupe du monde 2026 dépasse déjà le simple cadre sportif pour les supporters américains. À San Jose, à la veille du seizième de finale entre les États-Unis et la Bosnie-Herzégovine, ce tournoi à domicile prend des allures de moment fondateur. Pas seulement pour l’équipe de Mauricio Pochettino, mais pour toute une culture foot qui cherche encore son plein accomplissement.

Dans les tribunes, dans les bars, sur les routes et jusque dans les groupes de supporters, le même espoir revient: voir cette compétition changer durablement la place du football aux États-Unis. Le tournoi a déjà franchi un cap symbolique avec son cinq millionième spectateur recensé mardi, preuve de son ampleur sur le continent, comme le rappelle la FIFA. Mais pour beaucoup, l’essentiel est ailleurs. Il se mesure en souvenirs, en fidélité et en communauté APK.

Coupe du monde 2026: Crystal Cuadra-Cutler, une passion née en 1994

Pour Crystal Cuadra-Cutler, tout a commencé lors du Mondial 1994. Encore enfant, elle découvre d’abord l’équipe du Brésil à l’entraînement dans la région de la baie de San Francisco. Quelques jours plus tard, ses grands-parents l’emmènent au Stanford Stadium pour voir le Brésil affronter les États-Unis, un 4 juillet resté gravé dans sa mémoire.

Ce jour-là, les Américains s’inclinent 1-0 face à l’immense favori brésilien. Pourtant, c’est vers la sélection locale que son regard se tourne. La défaite n’a rien changé: elle était conquise. Des années plus tard, elle continue de suivre l’équipe nationale à chaque grand rendez-vous, avec cette conviction que le football peut rassembler bien au-delà du terrain.

Membre des American Outlaws depuis 2009, elle a participé à la construction du chapitre de San Jose. Ce groupe, le plus important parmi les supporters officiels de l’équipe nationale, a donné une structure à sa passion. Il lui a surtout offert autre chose qu’un simple attachement sportif: une famille élargie, faite d’amis, de déplacements et d’habitudes partagées autour du ballon.

Le football comme refuge, au-delà des 90 minutes

Cette communauté a pris une dimension bien plus intime en 2020. Trois jours avant le début des confinements liés au Covid-19 aux États-Unis, Crystal Cuadra-Cutler apprend qu’elle souffre d’un cancer du poumon de stade 4. Le choc est immense. Dans l’isolement de la pandémie, ses séances de chimiothérapie et d’immunothérapie se déroulent souvent seule.

Au milieu de cette épreuve, une pensée revient sans cesse: tenir jusqu’à la Coupe du monde 2026. Le tournoi devient un horizon, presque une promesse. Les supporters des American Outlaws se mobilisent alors sans relâche. Messages, appels vidéo, soutien moral, relais de sa cagnotte pour les frais médicaux: tout un réseau se met en mouvement.

D’anciens et d’actuels joueurs lui envoient aussi des messages, parmi lesquels Charlie Davies, des figures liées aux Earthquakes de San Jose et Chris Wondolowski. Six ans plus tard, sa maladie est décrite comme stabilisée. Elle parle désormais d’une affection qui ressemble davantage à une maladie chronique. Signe fort de ce retour à une forme de normalité: elle a repris son rôle de capo, chargée de mener les chants des supporters pendant ce Mondial.

Son histoire résume à elle seule ce que cette sélection représente pour une partie du public américain. Soutenir les États-Unis, ici, ne se limite pas au résultat d’un match. Il s’agit aussi de solidarité, de survie, d’identité collective et de fidélité à travers les années.

Une Coupe du monde 2026 vécue comme un tournant populaire

À San Jose, Dave Romero observe cette montée en puissance avec le recul de ceux qui ont connu une autre époque. Vice-président du chapitre local des American Outlaws, il a vu le mouvement grandir au fil des rencontres de la sélection masculine comme féminine. À ses yeux, rien n’approche toutefois l’intensité de ce Mondial.

Il se souvient lui aussi de 1994 dans la Bay Area. L’ambiance, dit-il en substance, n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Désormais, la ferveur est installée, visible, assumée. Le soutien ne repose plus seulement sur la curiosité de l’événement, mais sur une croyance plus forte dans le potentiel de l’équipe.

Cette confiance nourrit aussi des exigences. Avec le talent disponible, la dynamique du moment et la présence de Mauricio Pochettino sur le banc, Romero estime que les huitièmes de finale doivent constituer un minimum. Pour lui, cette sélection doit au moins poser un jalon clair et construire à partir de là.

Son attachement passe aussi par les symboles. Depuis le début du tournoi, “Country Roads” de John Denver s’est imposé comme l’hymne officieux des succès américains, repris à pleins poumons par les joueurs et les supporters. En cas de qualification contre la Bosnie-Herzégovine, Romero, Cuadra-Cutler et plusieurs proches envisagent même de rouler jusqu’à Pacific Grove pour déposer des fleurs près du site du crash où le chanteur est mort en 1997. Geste singulier, mais révélateur d’une culture supporteur qui se fabrique en direct.

Des milliers de kilomètres pour suivre le rêve américain

Le phénomène ne se limite pas à la Californie. Ray, venu d’Anchorage en Alaska, a fait le déplacement pour retrouver ceux qui partagent son obsession de l’USMNT. Chez lui, il tente de lancer un chapitre local des American Outlaws. Pour l’instant, le projet reste modeste: une trentaine de supporters lors du match d’ouverture, ce qui représentait déjà un très bon chiffre.

Pour cet homme originaire du Texas, où la culture football est bien plus visible, ce voyage sert à rester connecté à un univers plus familier. Il s’est installé en Alaska pour son cadre naturel, mais il a compris avec le temps qu’il fallait parfois se déplacer pour retrouver “les siens”. Son pari est simple: si les États-Unis vont loin, l’élan pourrait se faire sentir même dans des territoires où le football reste discret.

Plus spectaculaire encore, le périple de Phil Labas. Son objectif: rejoindre San Jose après 5 000 miles de route. Le trajet s’est fait avec quatre voitures, non par choix mais par nécessité. Son premier véhicule est tombé en panne à peine quelques miles après le départ de la région de Chicago. Ensuite, il a fallu improviser encore, notamment pour transporter les tambours des American Outlaws d’un match à l’autre.

À travers cette traversée du pays, Labas dit avoir constaté une chose simple: le maillot de la sélection rassemble. Dans un pays traversé par de fortes divisions politiques, l’équipe nationale crée un point commun immédiat. Sous les mêmes couleurs, les différences s’effacent au moins le temps d’un tournoi.

L’USMNT face à la Bosnie-Herzégovine, avec l’idée d’annoncer quelque chose

Le seizième de finale contre la Bosnie-Herzégovine, mercredi soir à San Jose, arrive donc chargé d’attentes. Les États-Unis visent seulement leur deuxième victoire en phase à élimination directe de l’ère moderne en Coupe du monde. Un succès ne les rapprocherait pas encore du sommet, mais il renforcerait l’idée qu’une nouvelle étape est possible à domicile.

Labas a d’ailleurs perçu cette tension en voyant le groupe arriver à l’hôtel de l’équipe. Peu de sourires, beaucoup de concentration, des regards baissés et une impression générale de détermination. Chez les supporters, ce sérieux est presque rassurant. Personne n’exige le trophée. En revanche, tout le monde veut voir cette équipe aller plus loin, assez loin pour marquer les esprits et convertir les curieux.

D’autres supporters garderont trace de ce parcours à leur manière. Antonio Borjon et son épouse, par exemple, immortalisent le tournoi à travers des stickers fabriqués pour l’occasion. Les motifs vont de “Country Roads” sur la mythique Route 66 à des créations inspirées de Sebastian Berhalter. Là aussi, l’idée est la même: conserver une preuve tangible que cette aventure a existé.

Au fond, c’est peut-être cela qui se joue autour de l’USMNT. Pas encore l’avènement d’une grande nation du football, mais un pas de plus vers cette ambition. Les supporters en sont conscients. Le pays n’y est pas encore totalement. Pourtant, à entendre ceux qui sillonnent l’Amérique pour suivre cette équipe, le mouvement est lancé.

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