Lucien Malama Auteur : Lucien Malama Posté le 21/07/2026 - 21:20 Football Africain

Les Taifa Stars veulent marquer l’histoire du football est-africain en 2027

Pays co-organisateur de la Coupe d’Afrique des Nations 2027, la Tanzanie aborde cette compétition avec des ambitions déclarées : atteindre le dernier carré, voire rêver plus grand. Le milieu de terrain Feisal Salum, cadre de la sélection nationale et joueur de l’Azam FC, a exprimé avec force la détermination d’un groupe qui entend transformer le privilège de jouer à domicile en carburant sportif.

Un tournoi d’une portée historique pour toute l’Afrique de l’Est

La CAN 2027 sera la première édition co-organisée par trois nations – le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda – et la première à se tenir dans la région CECAFA depuis l’édition éthiopienne de 1976, il y a plus d’un demi-siècle. Ce retour sur le sol est-africain ne relève pas du simple symbole : il consacre une montée en puissance des infrastructures, des institutions footballistiques et de l’engouement populaire dans une région longtemps restée en marge des grands rendez-vous continentaux.

La compétition prend également une dimension particulière dans le calendrier du football africain. Annoncée en décembre 2025 par la CAF, la décision de passer à un format quadriennal à partir de 2028 fait de l’édition 2027 la dernière CAN organisée en année impaire. Un tournant institutionnel qui confère à cette compétition un statut à part : elle clôturera une ère tout en inaugurant une nouvelle géographie du football continental.

Une sélection qui construit sur ses progrès récents

L’histoire de la Tanzanie en CAN est celle d’une nation qui a longtemps couru après sa propre légitimité. Après un premier passage dans la compétition en 1980 – soldé par cinq défaites et un seul match nul, un 1-1 face à la Côte d’Ivoire -, les Taifa Stars ont attendu 39 ans avant de se qualifier à nouveau pour la phase finale. Depuis 2019, le rythme s’est accéléré : quatre qualifications en l’espace de huit ans témoignent d’une progression structurelle du football tanzanien.

Le tournant le plus significatif est survenu lors de la dernière édition disputée au Maroc, où la Tanzanie a atteint les huitièmes de finale pour la première fois de son histoire, avant d’être éliminée par les Lions de l’Atlas sur le score d’un but à zéro. Pour une sélection au palmarès aussi modeste dans la compétition, franchir ce cap représentait bien plus qu’un résultat : c’était la preuve que le groupe pouvait rivaliser avec les grandes nations du continent. Salum l’a formulé sans détour : « En Maroc, nous avons surpris beaucoup de monde, mais c’est nos supporters qui nous ont portés à ces hauteurs. »

La pression du pays hôte, transformée en ambition collective

Jouer à domicile dans un tournoi de cette envergure ne représente pas un avantage automatique. L’histoire des CAN organisées sur le sol du pays hôte le rappelle : la pression d’un public attentif, les attentes politiques et médiatiques, le poids symbolique de la représentation nationale peuvent tout aussi bien paralyser que galvaniser. Salum en est conscient. « Nous comprenons que l’organisation d’un tournoi de cette envergure s’accompagne d’une pression immense », a-t-il reconnu, avant d’ajouter que l’objectif du groupe est de « transformer cette pression en plaisir ».

L’ambition est formulée clairement : atteindre les demi-finales, et « pourquoi pas rêver de soulever le trophée ». Ce n’est pas de la forfanterie. C’est la logique propre à toute équipe qui bénéficie d’un soutien populaire massif et qui a déjà démontré sa capacité à créer la surprise. La qualification directe pour la phase finale – la place de la Tanzanie en groupe L aux éliminatoires, aux côtés du Nigeria, de Madagascar et de la Guinée-Bissau, ayant avant tout valeur de préparation compétitive – permet à la sélection de se concentrer sur son niveau de jeu plutôt que sur l’impératif de résultats immédiats.

Une rivalité fraternelle comme moteur régional

La dimension géopolitique du tournoi ajoute une couche de complexité fascinante. Que se passerait-il si la Tanzanie croisait le Kenya ou l’Ouganda en phase éliminatoire ? Salum ne l’évite pas : « La rivalité est réelle. Il existe une forte compétition entre nos nations. Si nous affrontons le Kenya, ce sera un événement immense, une véritable bataille fraternelle. » Cette formule dit tout : la proximité culturelle et la solidarité régionale qui ont rendu possible l’organisation commune ne disparaîtront pas au coup de sifflet, mais elles ne suffiront pas non plus à effacer la compétition sportive.

C’est précisément cette tension – l’unité qui rend la rivalité possible, la rivalité qui donne de l’intensité à l’unité – qui pourrait faire de la CAN 2027 un moment fondateur pour le football est-africain. Salum l’a dit en conclusion avec une sincérité que peu de joueurs permettent dans les discours officiels : « Nous voulons que le monde entier voie la beauté du football est-africain. » Pour y parvenir, les Taifa Stars devront prouver que leur performance au Maroc n’était pas un accident, mais le début d’une trajectoire durable.

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