Patrice Koyamba Auteur : Patrice Koyamba Posté le 02/07/2026 - 17:27 Football Internationale

La Suisse affronte l’Algérie avec 88 ans de malédiction à exorciser

Quatre-vingt-huit ans. C’est le temps qui s’est écoulé depuis que la Suisse a passé un tour à élimination directe d’une Coupe du monde – une éternité dans le football moderne. Ce vendredi à Vancouver, au BC Place, les Helvètes croisent le fer avec l’Algérie, troisième de son groupe, dans ce qui ressemble, sur le papier, à l’occasion rêvée de tourner enfin cette page douloureuse. Mais le football, comme l’histoire le démontre sans cesse, se moque des probabilités.

Une malédiction qui défie les générations

La dernière fois que la Suisse a survécu à un huitième ou quart de finale de Coupe du monde, c’était en 1938, dans un tournoi disputé en Europe, dans un contexte géopolitique qui rendait le football lui-même presque secondaire. Depuis, sept éliminations consécutives au stade knockout – une série qui a traversé des générations d’entraîneurs, de systèmes tactiques et de générations de joueurs. Ce n’est pas une simple séquence de malchance ; c’est une constante qui interroge la capacité de cette sélection à hausser son niveau le moment venu.

Pourtant, le groupe a offert des signaux encourageants. Vainqueurs de leur groupe B avec deux victoires et un nul, les Suisses ont battu la Bosnie puis le Canada lors de leurs deux dernières sorties. Une troisième victoire consécutive leur permettrait d’accomplir quelque chose d’inédit dans leur histoire en Coupe du monde. Depuis le début de l’année 2025, leur bilan toutes compétitions confondues affiche une seule défaite en dix-sept rencontres, un socle de stabilité rare à ce niveau.

L’arme principale de cette équipe pourrait bien être Rubén Vargas, ailier en grande forme qui comptabilise déjà deux buts dans cette édition. Sa caractéristique la plus précieuse en phase à élimination directe : il a ouvert le score lors de six de ses huit dernières apparitions sur le tableau de buteurs avec la sélection. Dans un match où chaque but peut tout changer, un joueur capable de frapper en premier représente un atout considérable.

L’Algérie, fragilisée mais jamais anodine

Le parcours algérien jusqu’ici porte les stigmates d’un tournoi vécu sous tension. Qualifiés comme troisièmes du groupe J à la faveur d’une égalisation concédée en toute fin de match face à l’Autriche – dans des circonstances qui ont suscité la polémique, même si la FIFA a décidé de ne pas ouvrir d’enquête -, les Fennecs arrivent à Vancouver avec une fragilité défensive documentée. Ils ont encaissé le premier but lors de chacun de leurs cinq derniers matchs en Coupe du monde, une tendance qui offre une prise directe aux attaquants adverses.

Face aux équipes européennes, leur bilan dans la compétition est plus préoccupant encore : aucune victoire lors de leurs neuf derniers affrontements contre ce type d’adversaire, avec quatre nuls et cinq défaites. La Suisse, quant à elle, a remporté ses deux précédentes confrontations mondialistes contre des nations africaines. Ces données statistiques ne déterminent pas un résultat, mais elles dessinent un rapport de force structurel difficile à ignorer.

Riyad Mahrez, figure tutélaire de cette génération algérienne, reste l’homme à surveiller. Son doublé contre l’Autriche l’a placé à une participation de but du record absolu d’implications offensives par un joueur algérien lors d’une seule édition de Coupe du monde. À 33 ans, il joue possiblement sa dernière chance de laisser une empreinte sur la plus grande scène du football.

Le spectre des tirs au but plane sur Vancouver

Si l’histoire récente de la Suisse en phase à élimination directe enseigne une chose, c’est que leurs matchs se jouent souvent dans les derniers instants ou aux tirs au but. Cinq de leurs neuf dernières rencontres knockout dans de grandes compétitions se sont conclues depuis le point de pénalty, avec un bilan d’une victoire pour quatre défaites dans cet exercice. Une proportion qui invite à la prudence autant qu’à la stratégie : un sélectionneur averti travaillera ses tireurs, un gardien préparé pourra changer un destin.

La dynamique offensive des deux équipes laisse également présager un match ouvert : huit des neuf dernières rencontres suisses ont vu les deux équipes marquer, et les quatre derniers matchs algériens ont produit plus de deux buts et demi en moyenne. Un scénario de matchs serrés mais animés semble plus probable qu’une partie fermée.

L’absence probable de Mohamed Amoura, attaquant algérien manquant à l’appel depuis deux rencontres, constitue un coup dur pour les Fennecs, tandis que le retour attendu de Miro Muheim dans la défense helvète renforce une arrière-garde que les Algériens devront percer pour rêver d’exploit. La Suisse aborde ce rendez-vous avec tous les atouts en main. Reste à savoir si elle saura, cette fois, s’en saisir.

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