La Tunisie limoge Lamouchi après un match et rappelle Hervé Renard en urgence
Un seul match. Une seule défaite. Et un sélectionneur remercié. La Tunisie a frappé un coup de théâtre en limogeant Sabri Lamouchi au lendemain d’une cuisante défaite 5-1 contre la Suède lors du premier match du groupe à la Coupe du monde 2026, faisant de lui le premier entraîneur de l’histoire du tournoi à être congédié après seulement une rencontre. Pour lui succéder, la Fédération tunisienne de football (FTF) a choisi de miser sur l’expérience, en nommant le Français Hervé Renard, 57 ans, jusqu’à la fin de la compétition.
Une décision radicale qui marque l’histoire du tournoi
La sévérité de la sanction surprend, même dans un contexte où les fédérations africaines n’ont pas toujours fait preuve de patience envers leurs sélectionneurs. Lamouchi n’avait pris les rênes de la sélection que cinq mois plus tôt, après que Sami Trabelsi eut quitté le poste à la suite d’une élimination aux tirs au but face au Mali en huitièmes de finale de la CAN 2025. En cinq matchs à la tête des Aigles de Carthage, le technicien de 54 ans n’avait remporté qu’une seule victoire, un succès 1-0 en amical contre Haïti en mars. Le résultat contre la Suède a précipité une rupture que les mauvaises performances laissaient déjà pressentir.
Ce n’est pas la première fois que la Tunisie prend une telle décision en cours de Coupe du monde. En 1998, Henryk Kasperczak avait été démis de ses fonctions après deux défaites en phase de groupes – contre l’Angleterre et la Colombie. Ali Selmi l’avait remplacé pour le dernier match contre la Roumanie, conclu sur un match nul 1-1. L’histoire se répète, mais avec une rapidité encore jamais vue : Lamouchi est parti après un seul match, établissant un sinistre record dans les annales du tournoi.
Renard, un pompier de luxe aux références solides
Le choix d’Hervé Renard n’est pas anodin. Le technicien français dispose d’un palmarès africain et international rare. Avec la Zambie en 2012, puis avec la Côte d’Ivoire en 2015, il a remporté la Coupe d’Afrique des Nations, devenant ainsi le seul entraîneur à avoir décroché le titre continental avec deux nations différentes. Il connaît les ressorts du football africain, ses exigences collectives, ses forces vives et ses fragilités structurelles.
Sur la scène mondiale, ses faits d’armes sont tout aussi parlants. En 2018, il guide le Maroc lors de son retour en Coupe du monde après vingt ans d’absence. En 2022, il conduit l’Arabie saoudite à l’un des résultats les plus inattendus de l’histoire récente du tournoi : une victoire en phase de groupes face à l’Argentine, future championne du monde. En 2023, il prend en main la sélection féminine de France et mène les Bleues jusqu’en quarts de finale de la Coupe du monde féminine. Licencié par l’Arabie saoudite en avril dernier, il retrouve immédiatement un poste à haute pression.
La FTF a précisé que l’accord signé avec Renard inclut une clause ouvrant des négociations après le tournoi pour une “collaboration à long terme”. Un signal fort : la fédération ne voit pas seulement en lui un gestionnaire de crise, mais potentiellement l’architecte d’un projet plus ambitieux.
Un défi sportif immense, une opportunité historique à saisir
La tâche qui attend Renard est considérable. La Tunisie, qui participe à sa sixième Coupe du monde, n’a jamais franchi le cap de la phase de groupes. Pour espérer écrire une nouvelle page, il faudra obtenir des résultats face au Japon le 20 juin, puis face aux Pays-Bas le 25 juin – deux adversaires de calibre international. Mathématiquement, la qualification reste possible, mais le contexte exige un redressement immédiat, tant sur le plan tactique que moral.
Au-delà du résultat, cette nomination interroge plus largement sur la gestion du temps dans le football international de haut niveau. Un entraîneur limogé après un seul match n’a eu aucune possibilité de corriger le tir, d’adapter ses plans, ni de tirer les leçons d’un premier échec. La décision de la FTF traduit une pression institutionnelle extrême, dans un pays où la Coupe du monde représente un rendez-vous rare et hautement symbolique. Renard, habitué aux situations complexes et aux contextes sous haute tension, entre dans ce défi les yeux ouverts. Sa capacité à ressouder rapidement un groupe déstabilisé sera déterminante – et c’est précisément là que réside sa valeur sur le marché des sélectionneurs.