Mondial 2026 : le premier point de la RDC offre un souffle d’espoir à Bunia, frappée par Ebola
Le point historique de la RDC au Mondial 2026 a offert à Bunia une parenthèse de joie que la ville n’attendait plus. Dans cette capitale de l’Ituri, meurtrie par Ebola et l’insécurité, le but de Yoane Wissa face au Portugal a déclenché une célébration rare, presque irréelle.
Le 17 juin à Houston, l’attaquant congolais a inscrit le tout premier but de la sélection en Coupe du monde. Cette réalisation a permis aux Léopards d’arracher leur premier point dans l’histoire du tournoi, face à une sélection portugaise emmenée par Cristiano Ronaldo. Pour le football congolais, ce nul a dépassé le simple cadre du résultat.
Dans les rues de Bunia, où peu de téléviseurs fonctionnent encore correctement, le match a servi d’échappatoire. Des jeunes ont sauté de joie devant des boutiques en tôle. D’autres ont fait rugir leurs motos dans un vacarme continu. Les bars, eux, se sont remplis bien avant le coup d’envoi.
Un point historique de la RDC qui résonne bien au-delà du terrain
Ce point historique de la RDC a une portée symbolique forte. Il efface en partie le souvenir douloureux de 1974, lorsque le pays, alors engagé sous le nom de Zaïre, avait quitté la Coupe du monde sans le moindre point et avec 14 buts encaissés.
Cette fois, la sélection a montré un autre visage. Le sélectionneur Sébastien Desabre a salué l’attitude de son groupe après la rencontre. Il s’est dit fier de ses joueurs, estimant qu’ils avaient représenté le Congo de manière très positive et que tout le pays méritait ce moment.
Le contraste est d’autant plus fort que Bunia traverse une période extrêmement sombre. L’Ituri reste l’une des provinces les plus instables du pays. Les groupes armés y imposent une tension quotidienne, tandis que la population vit aussi sous la menace de la 17e flambée d’Ebola enregistrée en RDC.
Selon les derniers chiffres disponibles de l’Organisation mondiale de la santé, plus de 1 100 personnes ont été infectées en RDC et en Ouganda, pour 279 décès. À Bunia, les données congolaises font état de 275 cas et de 44 morts, même si les capacités de dépistage demeurent limitées. Pour suivre l’actualité officielle de la compétition, les supporters peuvent consulter le site de la FIFA.
A Bunia, le point historique de la RDC a suspendu les peurs
Dans plusieurs établissements de la ville, la scène s’est répétée au moment du but de Wissa. Tous les clients se sont levés d’un même mouvement. Les cris ont rempli des salles parfois éclairées par une seule ampoule. Pendant quelques secondes, Ebola, les deuils et la peur ont semblé s’éloigner.
Antoinette Makasi, heureuse d’avoir trouvé un bar équipé d’une télévision, a résumé ce sentiment avec simplicité. Soutenir son pays était pour elle un honneur. Mais elle a aussi reconnu son inquiétude face à l’absence de distanciation, promettant de se désinfecter en rentrant chez elle.
Cette réserve en disait long sur l’ambiance du soir. Car la ferveur populaire s’est exprimée malgré les restrictions imposées par les autorités à la fin du mois de mai. Les rassemblements avaient alors été limités à 50 personnes afin de freiner la propagation du virus. Pourtant, les bars ont débordé de monde.
Pour beaucoup d’habitants, ce match représentait plus qu’un rendez-vous sportif. C’était un rare moment de cohésion. Un instant où la ville pouvait partager autre chose que l’angoisse et les mauvaises nouvelles.
Entre colère et soulagement avant la délivrance congolaise
Tout n’avait pourtant pas commencé dans l’enthousiasme. Avant le coup d’envoi, près d’une centaine de jeunes, le visage peint aux couleurs nationales, s’étaient rassemblés autour d’un écran géant installé à un carrefour du centre-ville. Mais l’écran est resté désespérément noir.
La frustration est vite montée. Certains habitants ont dénoncé le contraste entre les campagnes permanentes sur Ebola et l’absence de diffusion d’un match aussi important. Un chauffeur de taxi, Claude Maniwa, a accusé les autorités d’avoir abandonné la population, rappelant que beaucoup de familles n’ont pas de télévision et subissent des coupures d’électricité constantes.
La tension a fini par retomber. Les jeunes ont pris des motos-taxis pour rejoindre des commerces, des restaurants ou des bars capables de retransmettre la rencontre. Ce détour s’est révélé payant. Quelques heures plus tard, la ville célébrait enfin un souvenir positif.
Heritier Kimbimbi, drapé dans le drapeau national, a expliqué que la population avait besoin de ces instants. Selon lui, ils permettent d’oublier, même brièvement, la perte de proches et les épreuves du quotidien. Son témoignage résume la portée émotionnelle de cette soirée.
Le but de Wissa, un signal fort pour toute la RDC
Le but de Yoane Wissa, aujourd’hui joueur de Newcastle en Premier League, restera comme un repère dans l’histoire du football congolais. Il n’a pas seulement offert un nul face à un géant européen. Il a aussi donné à tout un pays un motif de fierté partagée.
Dans le contexte de Bunia, cette réalisation a pris une dimension encore plus puissante. Elle a rappelé que le sport peut rassembler, soulager et faire naître un peu d’espérance, même au cœur d’une crise sanitaire et sécuritaire profonde.
La RDC n’a peut-être décroché qu’un point sur le papier. Mais dans l’est du pays, ce résultat a valu bien davantage. À Bunia, il a redonné des sourires. Et parfois, dans une ville accablée par les drames, cela représente déjà une victoire immense. Découvrez aussi comment l’Afrique du Sud atteint les huitièmes de finale pour la première fois et lisez le récit de la “statue vivante” de la RDC à la Coupe du monde.